Sachez nomades, si, entretemps vous ne vous êtes pas reconvertis en touristes masqués.
Sachez, à l’heure où les humains se nomadisent pour se nourrir et survivre, l’empathie pittoresque des nantis se change en racisme crasse et haineux. Le noble vocable « nomade », invité à être honoré par les religions du Livre, s’est transformé en réfugié. Un néocolonialisme qui n’ose pas dire son nom.
Souvent s’ils sont accueillis, voire acceptés, par intérêt économique, autrement dit la face cachée de la lune, ils doivent courber la tête en signe de gratitude. La classe moyenne locale en perte de ses privilèges financiers, les superpouvoirs en vogue dénichent ailleurs des forces pour les tâches moins payées et peu valorisantes. Costauds et résistants, ainsi doivent être les bras ! Le besoin de l’autre change de camp. Juste une question de sémantique comme pour le terme « nomade ».
Le monde se rétrécit. Les rêves perdent de leur magie et se métamorphosent en projets dont la technique érigée en toute puissance dore le blason. L’expression « déçus en bien » mérite alors son contre-sens.
Si les mouvements migratoires se multiplient par famine et misère, il ne faut guère fermer les yeux sur les crises économiques qui se préparent et aboutissent en conflits armés. C’est ainsi qu’on appelle pudiquement les guerres.
Impitoyables, elles déciment les maisons-taudis d’où s’échappent les pauvres et les fragiles. Les soldats ont le prestige de ces guerres lorsque la mort les évite. Depuis de nombreuses années, cependant, des milices sont créées par des entreprises technocratiques, gérées telles des affaires chez les ploutocrates.
Ainsi des obligations morales, attendues des soldats des armées, selon les chartes du droit international, fondent comme neige au soleil. Pas davantage de conséquence entre tuer un mercenaire ou qu’un mercenaire achève un ex-futur migrant s’ingéniant à fuir chez les riches. Dans ces mêmes sociétés confortables existent aussi des pauvres.
On reconnaît les nomades à la toile grossière de leur sachet fourre-tout, à leur teint poussiéreux, à leur pieds nus et cloqués. Peu importe quel nom leur sera attribué dans ce que l'on appelle le pays d'accueil.
« La terre nous est étroite », écrivait Mahmoud Darwich, poète palestinien. L’Histoire n’a pas encore dit son dernier mot.