Comme deux larrons en foire (és)

Thème: Brouillard qu'on plisse • 04 mars 2026 • par François Guichon

Salle d’audience de la CDAP*. La parole est au procureur qui s’adresse à l’un des deux prévenus :

  1. M. Brouillard …
  2. Monsieur le Conseiller aux Etats Brouillard, je vous prie. Je suis encore en fonction.
  3. Je disais donc, Monsieur le Conseiller aux Etats Brouillard, vous affirmez ne pas être au courant des entorses à la LICom, loi dite du bouclier fiscal, opérées entre 2009 et 2021 par le service cantonal des impôts, alors que vous étiez chef du département des finances durant toute cette période.
  4. Tout à fait. Je ne pouvais pas galvauder mon temps à tout contrôler, surtout quand il s’agissait de broutilles.
  5. On parle quand même de dizaines, voire de centaines de millions !
  6. C’est bien ce que je vous dis : des broutilles. Je vous rappelle que je gérais un budget d’un peu plus de 11 milliards. Alors quelques millions en plus ou en moins… Et surtout j’avais une entière confiance en mon personnel que je savais dévoué et compétent. Pas comme la jeunette qui m’a remplacé.
  7. Mais ce personnel justement, il agissait selon vos directives. C’est quand même vous qui leur indiquiez comment appliquer le cadre juridique !
  8. Moi vous savez, je suis un financier, pas un juriste. Comme je vous l’ai dit je comptais entièrement sur les compétences en interne pour interpréter correctement les textes de loi.

Le procureur se tournant alors vers l’autre prévenu qui transpirait à grosses gouttes :

  1. Monsieur Malice, en parlant de confiance, vous ne soupçonniez pas votre collègue de l’époque de ce genre d’accommodements avec la loi sur les impôts ? Cela ne vous a pas paru bizarre ?
  2. Alors là vous savez, je ne suis pas un homme de chiffres. Du moment que j’obtenais un budget suffisant pour mon département, je n’allais pas enquiquiner Pasc.., euh, mon ex-collègue Brouillard, d’autant plus que les finances du Canton étaient dans les chiffres noirs.
  3. Mais quand même, ces procédés consistaient à préserver de riches privilégiés au détriment de la classe moyenne. C’était contraire à votre politique de gauche.
  4. Durant ces années, la classe moyenne a vu son pouvoir d’achat augmenter, tout comme sa qualité de vie. Donc pas de quoi polémiquer et s’enferrer dans des revendications stériles.
  5. Bien dit Pierrot, je veux dire cher collègue Malice. Car de notre temps nous avions le sens de la collégialité. On se serrait les coudes, nous, pas comme l’équipe actuelle.
  6. J’en déduis que si Monsieur le Conseiller aux Etats Brouillard est inculpé de malversations et d’abus d’autorité, il est normal d’inculper également Monsieur Malice pour complicité.
  7. Il n’en est pas question ! Je suis un homme de gauche et la gauche a toujours défendu la stricte application des lois. Pas comme ces PLR cupides, prêts à tout pour ne pas payer d’impôts.
  8. Ah, elle est belle la gauche ! Elle parle de solidarité, mais elle se débine au premier incident.
  9. Assume seul tes combines, profiteur sans scrupules !
  10. Lâcheur de gauchiste sans courage !

La présidente intervient :

  1. Messieurs, messieurs, c’en est trop ! L’audience est levée.


Brouillard et Malice sortent ensemble du tribunal.

  1. T’as le temps pour 3 décis de blanc Pierrot ?
  2. Avec plaisir Pascal, mais après je file. La syndicalisme n’attend pas.


*CDAP : Cour de Droit Administratif et Public du Canton de Vaud


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