2026, étrange année. Depuis qu’elle a commencé, nuit et jour des visions inacceptables, insupportables, passent et repassent devant mes yeux.
Il y a ces enfants qui ont vu leur père, leur mère, mourir d’avoir été cherché de quoi les nourrir. Tués par ceux qui s’étaient réfugiés là, pour fuir la violence qui avaient gazé leurs parents par millions. Cette même violence envahissait maintenant leur propre esprit. La vision montrait la Shoah et Gaza, écrasés par les mêmes bottes. Je crie, non ! Aussitôt une autre image m’envahit, le pays de la liberté envoie des hommes masqués dans les rues de ses villes. Leurs bottes martèlent le sol, ils disent « Nous libérons les USA du pire du pire » et ils attaquent les plus faibles des plus faibles, les sans-papiers, les sans-droits, les sans peau blanche et ceux qui les défendent. Ils tuent aussi, une maman infirmière, un papa infirmier, à bout portant, en plein jour, en pleine tête, en pleine démocratie agonisante. Leur chef est coiffé et maquillé d’orange, il dit aimer Dieu et piétine ses enfants. Je crie mais une bougie scintillante m’hypnotise, je vois sa flamme grandir et tout recouvrir. La fête continue un peu, il faut filmer, ils tiennent leurs téléphones et laissent brûler la vie, il faut sortir, sortir… La sortie de secours de mon téléphone est fermée, j’étouffe… Un flot de pensées toxiques me submerge : « Tu n’y peux rien, personne n’y peut rien, c’est fichu », je ne respire plus…
Aux urgences nous sommes nombreux. « Il n’y a plus de soignants, ils étaient tous migrants » nous dit l’infirmier Alex Pretti, en distribuant à chacun un sachet marqué « No mad 1». « Prenez-le et vous aurez la solution » annonce l’infirmière Renee Good, d’une voix d’outre-tombe.
À peine mon sachet avalé, je sais.
Je vois mes pensées toxiques tourner en rond dans ma tête, je les vois m’envahir comme un cancer émotionnel. Et la solution vient : Marcher sur un chemin droit, tout droit, empêcher les pensées de tourner en rond, les forcer à avancer, là avec ma tête sur mes épaules, sur mon corps, sur mes pieds qui marchent, marchent plus vite, plus vite. Mes jambes font mal, mon cœur s’emballe et je sens pulser mes artères. Mon sang circule à nouveau, il passe par mes jambes en feu, et remonte à ma tête. Là il emporte les pensées toxiques, les force à descendre dans mes jambes, pour les brûler une par une dans les fibres de mes muscles. Et je vais ainsi, la tête lavée par le cœur.
Une pensée insiste encore :
« À quoi sert de guérir si toutes ces horreurs existent encore ? »
« À quoi sert de guérir si toutes ces horreurs existent encore ? » reprennent les chœurs des désespérés.
« Va et distribue tes sachets, là où tu en es, et plus loin » répondent les étoiles blessées. « Ils sont chaleur, nourritures et soins, ils sont le printemps qui se prépare dans les hivers de la peste brune. Et prends garde aux feux qui brûlent sans réchauffer, qui brillent sans éclairer, et aux smartphones qui tuent sans bouger. »
Les dirigeants dirigent, les fascistes fâchisent, les assassins assassinent
Les survivants survivent et se passent leurs sachets d’espoir
Des mots cœurs aux moqueurs, graines de vie
Parfums de joie, hymnes d’âmes
Pour les oiseaux sans ciel
Les abeilles sans fleurs
Et pour les enfants
Sans récréation
Recréons la
Création
!
1 « Pas fou »