J’aime observer les étoiles.
Depuis l’enfance, je cherche leurs noms, je tente de reconnaître les constellations, et j’imagine des univers-îles clairsemés dans un vide infini. Le ciel me fait rêver.
Quand je regardais de magnifiques images de nébuleuses ou de galaxies, je pensais qu’on pouvait les voir telles quelles. Alors je suis allée dans un observatoire. En regardant pour la première fois dans un télescope, j’étais émue : Je voyais enfin des objets célestes en direct. Mais mon émotion s’est teinte d’une étonnante déception : Les galaxies n’étaient que des bulles blanches et les nébuleuses de pâles halos grisâtres.
On m’a expliqué que nos yeux, dans l’obscurité, ne perçoivent qu’une lumière faible et blanche, Hubble et James Webb, eux, prennent des images longues, dans plusieurs longueurs d’onde, ultraviolet, lumière visible, infrarouge, puis les astrophysiciens les recomposent en leur attribuant des couleurs précises : bleu pour les régions chaudes, vert pour l’oxygène, rouge pour l’hydrogène, jaune pour le soufre.
Les somptueuses photographies que j’admirais tant ne sont pas des instantanés. Elles sont comme des partitions où chaque couleur représente une note de lumière invisible à l’œil nu. Un de mes rêves s’est envolé.
Une deuxième révélation a bousculé mes certitudes : Les espaces interstellaires et intergalactiques ne sont pas vides. On y trouve des gaz si ténus qu’ils frôlent l’invisible, des poussières errantes, et surtout, des champs électromagnétiques, gravitationnels et quantiques qui forment la trame même de l’univers.
Ces éléments ne comptaient pas pour moi puisque je ne pouvais ni les voir, ni les imaginer, mais le vide n’était plus vide.
Ma surprise a atteint des sommets lorsque j’ai découvert que l’espace intergalactique pouvait héberger des étoiles solitaires et même des trous noirs errants, totalement invisibles car dépourvus de disque d’accrétion, indécelables sauf s’ils passent devant une étoile qu’ils déforment légèrement. Ils sont les exilés de cataclysmes cosmiques : fusions violentes, explosions d’étoiles inachevées, collisions titanesques.
Cette idée m’a bouleversée. J’ai imaginé un vaisseau spatial glissant dans cet espace immense, ne remarquant leur présence que trop tard.
Le vide pouvait donc receler des pièges mortels.
Ces corps perdus sont rares. Ils ne représentent qu’une minuscule part de ce qui peuple ces « vides ». L’essentiel est ailleurs : L’univers est traversé par des champs invisibles et omniprésents qui structurent tout ce qui existe. Ce ne sont pas de simples abstractions : Ce sont eux qui ont permis la naissance de la matière, puis celle des étoiles et des galaxies. Sans les champs quantiques, aucune particule ne pourrait apparaître, sans la gravitation, aucun nuage de gaz ne pourrait se rassembler ; sans les champs électromagnétiques, aucune lumière ne pourrait se propager, et la vie ne pourrait exister.
Alors j’ai compris que le vide n’était pas un néant, mais un espace où le presque rien devient l’essentiel, un lieu où l’invisible façonne le visible, un lieu où ce qui semble vide est en réalité plein de possibles.