Caen brille au large

Thème: Espace vide • 07 décembre 2025 • par François Guichon

Le grand jour de la transhumance estivale est enfin arrivé. L’année scolaire des enfants est bouclée depuis une semaine et les congés des parents posés depuis belle lurette. Michelle, la mère*, avait réservé leur séjour dès l’été passé, pour être sûre d’avoir la même place. Comme chaque année depuis neuf ans, ils retourneront à l’Hôtel-club Mistral de Palavas-les-Flots. Ils y ont leurs habitudes et y retrouvent chaque été les habitués qui, comme eux, reviennent à la même période. On est juilletiste ou on ne l’est pas !

Si le charme de la découverte est émoussé depuis longtemps, la sécurité de vacances sans surprises rassure la famille Milliquet, à priori méfiante et inquiète à l’encontre de tout ce qui est nouveau et pas 100% helvétique. Les deux chambres du bungalow seront les mêmes : on sait déjà où ranger ses affaires et comment régler la climatisation. Pas de perte de temps à s’acclimater. La voiture à peine parquée, le cadet ira retrouver ses copains à la piscine et batifoler autour du tobogan et du plongeoir. Quant à Nadia, l’aînée en pleine crise d’adolescence, elle se trainera jusqu’à la chambre, regard rivé sur son smartphone.

Bref, il ne reste plus qu’à charger l’Espace - un modèle III de 1999 - pour pouvoir débouler sur l’A7 demain dès Potron-Minet. Et il ne viendrait à personne l’idée saugrenue de disputer à Raymond, le père, agent d’assurances consciencieux, la responsabilité stratégique d’opérer le chargement du véhicule, selon des arcanes subtiles et une méthodologie complexe, maîtrisées de lui seul.

Au préalable, chacun a dû préparer ses bagages selon des directives plus strictes que celles d’une compagnie aérienne low cost : une valise et un sac à dos par personne plus trois paires de chaussures, tongs comprises. Pour les deux femmes, un sac à main est toléré, à garder sur les genoux ou entre les pieds. Un chapeau ou une casquette chacun, pas plus. Le reste devra être porté sur soi durant tout le trajet, peu importe la chaleur. Pour le pique-nique prévu sur l’aire de Montélimar – on y achètera les traditionnels nougats fabriqués à la chaine en Bulgarie – Michèle a droit à deux sacs isothermes dont la place est déjà réservée à l’arrière du coffre, de manière à pouvoir les sortir sans déplacer les bagages. Malin le Raymond !

La fin d’après-midi du vendredi est consacrée au chargement : Raymond a reculé avec l’Espace au plus près de l’entrée de l’immeuble. Puis commencent les multiples va-et-vient entre l’appartement au 2ème étage et l’arrière du véhicule. Malgré l’habitude, Raymond doit s’y reprendre à plusieurs fois pour disposer les valises dans cet arrangement parfait, ne laissant aucun interstice inutilisé. Les sacs ont comblé les espaces entre valises et parois, assurant une stabilité complète à l’ensemble. L’entretien des départementales françaises étant ce qu’il est, mieux vaut être prudent.

A 19h42, Raymond, mains sur les hanches, transpiration au front et sous les aisselles, contemple son « œuvre ». Ne reste plus qu’à parquer l’Espace en attendant l’heure du grand départ demain matin.

Un demain matin qui verra Raymond éberlué devant sa voiture, vitres brisées, complètement vidée durant la nuit…

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