“Qu’est-ce que je t’avais dit, Simon ?
- Interdit de fréquenter la bande à Claude.
- Et qu’as-tu fait ?
- J’ai fait ce que tu m’as interdit et je l’ai fréquenté.
- Donc, tu m’as désobéi ?
- Oui, papa, excuse-moi.
- Et qu’est-ce que j’ai dit que je ferai si tu me désobéissais ?
- Que je serai puni si je désobéissais et qu’à la dixième tu me jetteras dans le puits.
- Et combien de fois, m’as-tu désobéi ?
- Six fois, pas plus.
- Plus fort, je n’ai pas entendu !
- Six fois, pas plus. Et j’ai déjà eu six punitions.
- Ce n’est pas six fois, mais c’est dix fois que tu m’as désobéi.
- Non, jamais dix fois, ce n’est pas possible, tu te trompes…
- Pas du tout, le compte y est, c’est dix fois.
- Mais non, pas autant, neuf fois, peut-être que j’en avais oublié !
- En détail, tu as volé, menti, montré tes fesses, mis le feu, cassé une vitre, fumé de l’herbe, bu de l’alcool, injurié ta professeur, et fréquenté la bande à Claude.
- Tu vois, tu vois, que ça n’en fait que neuf, j’ai raison.
- Et la dixième, c’est juste maintenant que tu viens de la faire. Terminé, c’est dix.
- Mais quoi, là je ne comprends plus rien !
- La dixième, c’est parce que tu m’as dit : tu te trompes. Et qu’est-ce que je t’avais dit, moi ?
- Et bien, ne me dis jamais que je me trompe…mais là ce n’est pas pareil.
- Parfaitement que c’est pareil dans ce cas-là.
- C’est pas juste, parce que j’avais raison avec neuf fois et c’est toi qui m’a poussé pour que je fasse la dixième désobéissance.
- Redis-moi ça, s’il te plaît, pour que je sois sûr d’avoir bien entendu !
- C’est toi qui m’a poussé, parce que tu t’étais vraiment trompé et maintenant tu veux me punir pour ça, c’est pas juste !
- Oui, tu le mérites, entièrement : dix désobéissances égale un plongeon dans le puits !
- Non, ne fais pas ça, je ne vais pas pouvoir remonter, je vais me noyer et mourir !
- Fallait y penser avant. Tu vas recevoir la leçon que tu mérites.
- Mais non, au secours, il veut m’assassiner, sauvez-moi, quelqu’un !
- Allez approche-toi, n’aie pas peur !
- Tu en as de bonnes, il s’agit de ma vie, quand même.
- Voilà, regarde, je soulève le couvercle.
- Mais, mais.
- ça t’en bouche un coin, pas vrai ?
- Pourquoi y’a pas d’eau ?
- Ah ! Je ne te l’avais pas dit, mais le puits a été comblé depuis ta naissance, c’est ta mère qui me l’a fait promettre.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que mon père à moi, ton grand-père donc, m’y avait jeté, parce que je lui avais manqué de respect.
- Finalement, tu passes l’éponge, alors !
- Ah! C’est comme ça que tu vois les choses…
- Euh ! c’est vrai quoi, il n’y a pas de sanction, puisque j’ai raison : neuf fois, pas dix.
- On y va maintenant, tu entres là-dedans, tu t’installes et je referme le couvercle.
- OK, ça durera longtemps la punition ?
- Tu verras bien. Et donne-moi ton téléphone, allez, allez !
- Mais, qu’est-ce que je vais faire, sans mon téléphone.
- Sans lui, tu auras tout le temps de réfléchir à tout ça !