Que cela soit écrit.

Thème: Où j’écris ? • 31 octobre 2025 • par Matthieu Monney

Je suis JHWH, de ma main j’ai gravé, sur les tables de pierres, une loi pour mon peuple. Je rêve du jour, où je l’écrirai sur leurs cœurs.

Je suis le Nazaréen, de mon doigt j’ai écrit sur la terre, une parole de pardon pour celle qu’ils voulaient lapider. Et sans un mot, ils se sont tous en allés.


Je suis Jacques le Copiste, sur le parchemin aux enluminures colorées, de ma plume agile, sans relâche, j’ai recopié l’évangile.

Je suis Johannes, sur des lettres de bois, j’ai imprimé le plus grand des livres, pour la faire lire au monde cette parole qui vit.


Je suis Johanna, exilée en l’an 303 par l’empereur. Pour qu’on n’oublie pas, j’ai décoré des catacombes à Rome du signe interdit : le poisson, au nom béni d’Ichtus.


Je suis Robert, assis à l’arrière d’un taxi, sur mon carnet j’ai écrit ces questions pour la postérité : Combien de routes ? Combien de mers ? Combien de guerres ? Pour que les choses changent… et un vieux gospel m’a soufflé “la réponse est dans le vent qui souffle.”


Je suis Ernest, à coups de harpon, je combats ce monstre qui m’habite, avec mes mots qui naissent dans la fumée des cigares et les vapeurs de rhum, lorsqu’une nuit incandescente se couche sur les Keys.


Je suis Red, je graffe sur les murs des usines abandonnées, sur les ponts gris des autoroutes, des cris de rage et d’amour aussi ! “S’il fallait des mots pour que tu te souviennes, j’en couvrirais la ville à l’encre éternelle.”


Je suis Eva, la tatoueuse, de ma seringue acérée, j’inscris sur des peaux humaines, des prénoms amoureux et des serments éternels, mais pas toujours, car ils reviennent parfois pour corriger ou effacer…


Je suis Arnold le poilu, “Mes chers parents, je vous écris d’une tranchée humide où la mort me guette à chaque seconde, j’espère que cette lettre vous parviendra un jour et que je vous reverrai. Votre fils à la guerre.”


Je suis la bouteille à la mer et je dérive vers les côtes atlantiques. Dix ans déjà, que le marin naufragé a glissé dans mon verre quelques mots griffonnés de sa main affaiblie. Qui me trouvera, les lira, s’il sait...


Je suis Paul, j’ai révélé celle que j’aimais en secret depuis toujours :

« Sur mes cahiers d’écolier, mon pupitre et les arbres, sur le sable sur la neige, j’écris ton nom, Liberté. »


Je suis Jean-Claude. Publicitaire aguerri, sur des panneaux animés, en ville, en gare, le long des autoroutes, je ne poursuis qu’un but : vous convaincre d’acheter.


Je suis Matthieu, on était dimanche, je rentrais de vacances et il était 9 heures, quand j’ai tracé ces quelques signes sur mon clavier d’ordinateur.

Car tout s’écrit, partout c’était écrit, mais qui donc lira et qui, ayant lu, se lèvera un matin, partira vers l’horizon, marchera sur la terre des vivants, trouvera le sel qui donne son vrai goût à sa vie ?

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