Je suis assis sur les marches de la Grenette, oui, vous savez,c'est un endroit particulier où tous les Veveysans se donnent rendez-vous. Alors ce dimanche soir d'octobre, sans y avoir pensé avant, je me suis rencontré avec moi-même. Oui juste ma petite personne, qui réfléchissait depuis quelques jours pour trouver où j’écrirais si… D'ordinaire je cherche pourtant de la compagnie afin de partager mes émotions et mes réflexions sur d’aussi graves sujets que des projets d’écriture. Et, ce soir, voici que je plonge dans la magie du cirque. Dernière représentation avant le changement de ville. Depuis longtemps je n'ai plus vu un tel spectacle, proposé contre beaucoup de pépettes trébuchantes. Cependant, je garde précieusement les souvenirs de ces heures hors de tout, alors que j’étais enfant, comme ceux, plus tard, où j’accompagnais mes « petits mômes ». Des émotions fortes, des rires, de la frayeur face aux fauves, du florilège des couleurs et des roulements de tambours. Pourquoi donc, moi qui suis plutôt d’un naturel cartésien, ai-je gardé au fond de moi gravés ces temps miraculeux ? Mais, surtout, pourquoi, ici, sur cette place animée entre fête et démolition, je me trouve à réfléchir à des velléités d’écriture ? C’est vrai, je me suis toujours laissé charmer par les fééries circassiennes, éphémères certes, mais reprises au fil des saisons. On monte, on démonte, on poursuit en pensant déjà à demain, au prochain lieu de spectacle ou de fête. On transmet des émotions. C’est la clé pour s’ouvrir à l’imaginaire.
Tout à ma réflexion, je me trouve donc assis sur ces vieilles marches usées par le temps. Je suis entouré de parents avec de jeunes enfants ; d’hommes aussi, aux bras aussi costauds que tatoués. Tous à admirer le ballet tonitruant qui s'offre à nous : valse de techniciens, une ribambelle de « garçons de cirque », venus de pays lointains, en réalité des hommes très corvéables ; des rondes d'élévateurs malicieusement appelés Manitou. Tout cela dans un concert cacophonique, au rythme des éléments métalliques qui sont démontés sans ménagement. Dire que, quelques minutes auparavant, régnait encore l’harmonie du rêve alors que la foule joyeuse exaltait devant le merveilleux spectacle. Voilà ce monde onirique qui se laisse actuellement dépouiller de tous ses habits de lumière. Pour renaître là où, à force d'étendards, il est annoncé pour faire rêver, encore et toujours. Avec certitude, on sait ce que sera demain.
Alors que moi, toujours assis, je reste avec mes questionnements, malgré la fatigue qui se fait sentir. Me vient alors l’idée que c’est ici que je vais écrire. Des rêves, de la poésie, un savant texte sur l’écoulement du temps ? Pour l’instant, je vois que la vie continue, que c'est en quelque sorte écrit dans ce rythme incessant. Ma place d’improbable plumitif ? Je n’en sais, en réalité, fichtre rien ! Qu’importe, j’aime tellement lire et écouter les réflexions des si nombreux auteurs qui envoient à tous vents le manuscrit qui fera d’eux, à défaut d’une star, éventuellement une « tête de gondole ».Quant à moi, amis dissidents, je me plais à poursuivre de mon écriture un peu décalée de joyeuses performances telles que nous en partageons ce soir !