Au commencement

Thème: Et si les mots manquaient • 27 octobre 2025 • par Fredy Thévoz

Est-ce que le vertige d’une absence trop présente, d’un blanc trop sombre, vous prend parfois ?

Êtes-vous saisi, juste un instant, par la conscience des pensées, des textes à jamais perdus lorsqu’un thème n’est pas choisi ?


Les évènements suscitent les mots pour les raconter, et ces mots leur permettent d’exister. Ne faut-il pas nommer les choses et les êtres pour qu’ils adviennent ? Ainsi les merveilles, les paroles des chants, le champ des pensées, les pansés d’asile, les îles naufragées, les gaufres âgées de nos mémoires d’enfants, perdues au fond d’un nobulle du tiroir, oui toutes et tous verront le jour, la nuit, et tout ce qu’il y a entre les deux.


Car si les mots manquaient, comme l’espoir, les inventer est notre devoir et notre liberté. Alors je dirais la vieillure parce que je vieillis à toute allure, je dirais espérancer car espérer fait vivre l’espoir et lorsqu’il n’y en a plus, l’espérance surgit. Et je dirais le savourement lorsque c’est trop moelluctueux, et horrifreux lorsque c’est trop moche.


Aux mots, ajouter le silence… qui raconte plus que les mots, et les mains qui touchent plus que les mots, et les signes qui montrent mieux que les mots, surtout le regard, qui voit l’indicible et révèle les images d’une autre rive : Là les mouettes rieuses consolent les saules pleureurs… et la rondeur des galets raconte la patience des vagues, d’une mère intérieure, aux racines assez profondes pour toucher le Ciel.


Lorsqu’il n’y a plus d’images, il reste les sons. Ceux du dadaïsme que les nazis ont brûlés avant d’autres. Les sons des poèmes dada, d’avant la poésie :


jolifanto bambla ô falli bambla

grossiga m’pfa habla horem

égiga goramen

higo bloiko russula huju

hollaka hollala

anlogo bung

blago bung

blago bung

bosso fataka

ü üü ü

schampa wulla wussa ólobo

hej tatta gorem

eschige zunbada

wulubu ssubudu

uluw ssubudu

tumba ba-umf

kusa gauma

ba – umf

*


Avant les mots, le fond des mers était vide, les oiseaux migrateurs quittaient les terres trop froides, avant les mots pas de lune, pas d’étoiles, avant les mots pas de pluie, pas de forêts, pas de jour, pas de nuit. Avant les mots était le commencement, et au commencement était le Verbe, et la Parole créa la Vie. Ensuite c’est simple, d’un côté il y a la mochitude et de l’autre la jolitude. Choisis bien.



* Karawane d’Hugo Ball, 1916, Cabaret Voltaire, Zürich


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