Ce que nous savons du savon

Thème: Vérité sauvage • 09 octobre 2025 • par François Guichon

La vérité a toujours résisté aux efforts d’appréhension de la part de l’humain, tel un savon mouillé qui échappe à nos tentatives de préhension. Et ce bien avant que Sapiens ne songe à se laver au retour de la chasse.

Détenue depuis des millénaires par de Grands Prêtres, sorciers et autres ecclésiastes, elle s’est chaque fois dérobée à la faveur d’une pirouette. Qu’on veuille la consigner dans une écriture sainte, voire une bulle papale, elle s’en échappe immanquablement pour mieux défier ensuite les zélateurs du culte et finir par les ridiculiser. Qu’ils brûlent un Giordano Bruno en s’obstinant à prétendre que la terre est au centre du système solaire et la vérité se copernise pour leur prouver que notre soleil n’est qu’une simple étoile parmi des milliards de galaxies. Pas même la plus grosse ni la plus brillante. Quel savon infligé par les savants aux prétendus sachants !

Que les historiens décrivent les conquêtes à la lumière des envahisseurs, soi-disant bienfaiteurs des populations de contrées barbares et les anthropologues mettent à jour les preuves de civilisations largement aussi évoluées que la nôtre, et dénombrent les exactions commises à leur encontre. La vérité, qu’on a voulu plier aux exigences de glorioles nationales, nous éclate à la figure, bulle de savon qui décille nos yeux embués de certitudes.

La science, bien qu’auto-proclamée rationnelle et éminemment rigoureuse, n’est pas en reste de surprises déconcertantes. Si à force de persévérance on est arrivé à pénétrer à l’intérieur du noyau d’un atome et y découvrir protons et neutrons, croyant enfin aboutie notre quête de l’infiniment petit, voici que la vérité sort de son chapeau hardons, quarks et antiquarks, savonnant gaiement la planche de nos certitudes. Et pour compléter ce grand nettoyage des idées scientifiquement reçues, la physique quantique vient titiller le fondement de nos croyances en prouvant qu’une particule peut être détectée à deux endroits différents au même moment. Du coup, nous ne savons plus. Et que dire de la recherche de l’infiniment grand et de l’origine de l’univers. A chaque pas en avant des scientifique, la vérité fait un petit bon en arrière, glissant sous les pieds des chercheurs matière noire et autres distorsions de la relativité, comme autant de savonnettes sous la douche.

Quant à isoler une once de vrai dans les relations humaines, la tâche est tout simplement hors de portée. Des siècles d’études, des océans de livres et des millénaires de débats n’ont pas réussi à cerner le moindre îlot de certitude, la moindre pierre d’achoppement sur laquelle appuyer un début de raisonnement fiable. Autant vouloir escalader le Miroir d’Argentine enduit de savon noir.

Notre seul moyen d’appréhender un fragment de vérité reste peut-être d’observer la nature sauvage. Une nature qui nous impose sa vérité tranquille mais immuable, sans colère ni esprit de revanche. Une nature qui EST et qui demeure, quelles que soient les circonstances. Mais peut-être n’est-ce là encore qu’une illusion de plus…

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