Ensemble, une évidence ?

Thème: Vérité sauvage • 06 octobre 2025 • par Anne Grognuz

Dans une cité aux ruelles étroites et aux palais fiers vivaient deux enfants. L’un, fils d’un riche marchand, portait des habits de soie. L’autre, fils d’un employé modeste, portait des vêtements simples. Tout les séparait : les moyens, les maisons, les coutumes, les regards.

Et la cité répétait : « Chacun à sa place ! Les riches avec les riches, les pauvres avec les pauvres. »


Chaque soir, au soleil couchant, les deux enfants se retrouvaient au bord de la rivière.

Ils riaient, couraient, lançaient des cailloux dans l’eau. Ils se confiaient leurs secrets, partageaient leurs rêves. Et la rivière gardait leurs rires comme des pierres précieuses.


Les années passèrent. L’amitié resta, solide comme un roc.

Mais les gens murmuraient encore : « Ce lien n’est pas convenable. »


Un jour, une grande cérémonie fut organisée. La salle était pleine de notables, de maîtres sévères, de familles fières. On plaça au premier rang le fils du marchand, devenu jeune homme. Tout au fond, on désigna une place au fils de l’employé.

Les regards, figés, croyaient l’ordre immuable.


Mais au moment de s’asseoir, les deux amis se regardèrent. Un instant de silence.

Puis ils avancèrent ensemble et s’assirent côte à côte, au milieu de la salle.


La rumeur monta. Les sourcils se froncèrent, les chuchotements s’enflammèrent.

L’étiquette était rompue, la règle piétinée. On aurait dit une tempête prête à éclater.


Le premier dit d’une voix claire : « Nous sommes amis. »

Et le second ajouta, ferme et doux : « Nulle règle ne nous séparera. »


L’assemblée retint son souffle. Dans ce silence, quelque chose se fissura. Des regards changèrent, la tension se relâcha. On comprit qu’il existait une force plus grande que les convenances.


Elle avait un nom : l’amitié vraie, une vérité sauvage, claire, indomptée, impossible à taire,

comme une rivière qui coule sous la pierre, silencieuse mais invincible,

comme un chêne qui pousse où il veut,

comme deux rires qui refusent de se séparer.


« Laissez-les ensemble », dit le maire, touché au plus profond de son cœur.

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