Sure et certaine.
Je le méritais.
Et ce matin le patron annonce que c’est ce bellâtre de Sébastien qui sera nommé à ce poste dès le début de septembre.
J’ai cru tomber dans les pommes.
Mes cuisses sont devenues aussi molles que des jambes de poupée en chiffon et par chance j’ai pu me cramponner au coin du bureau derrière moi.
J’ai vu Sébastien afficher sur sa face ce demi sourire stupide qui lui tort la bouche et qu’il sait si bien faire, le regard de travers, tout en relevant sa mèche rebelle de deux doigts !
Paul qui m’observait aussi du coin de l’œil s’est montré compatissant avec un suave :
- Ça va aller ?
J’ai fui.Ma voiture était en bas les escaliers de l’atelier.
Je suis partie en trombe, les pneus ont crissés, la poubelle en plastique vert a giclé…mais j’ai continué.
Fonce, fonce, fonce !
Dans ma tête le sang cognait fort.
J’avais devant les yeux le corps de Sébastien comme je voudrais qu’il soit : coupé en morceaux, visiblement battus et déchiqueté… !
Sans vie, sanguinolent, moche, laid, hideux !
J’ai roulé plus de deux heures avant de me calmer un peu… un tout petit peu !
Et je me suis retrouvée en pleine forêt.
Je ne cours jamais.
Pour moi « no sport » est un bon dicton !
Et voilà que depuis trois heures je cours, souffle, renifle, pleure, me mouche et repars plus vite encore, tout droit, sans même imaginer que je vais devoir entamer un demi-tour à un moment ou à un autre, non, je fonce…
Denise. Ecrit le 23 octobre pour les Dissidents de la Pleine Lune du 7 novembre 2023. 1530’