Vanille - Pistache ou Gianduja - Fior di latte ?
Derrière moi, la queue s’allongeait, et devant moi, le stand proposait un choix presque infini de parfums colorés. Trois vendeuses virevoltaient, préparant des bouquets crémeux doré, vert pomme, marron ou rosé. Mes yeux vadrouillaient de gauche à droite, et de droite à gauche. Citron vert peut-être, ça doit être bon. Banane ? Chocolat, une des boules chocolat, mais lequel ?
- C’est quoi la différence entre sorbet chocolat, et chocolat Ecuador ?
- Le sorbet, c’est sans crème, monsieur, répondit la vendeuse d’une voix irritée.
Elle tenait sa louche en l’air comme une massue dont elle aurait désiré m’assommer, mais avec le stand de deux mètres de large entre nous, elle ne pouvait m’atteindre.
Derrière moi, les grommellements amplifiaient. Je devais me décider.
Je désignai un bac débordant d’un beau rouge orangé.
- Et celle-là c’est quoi ?
- Orange, monsieur.
- Et celui à côté ?
- Orange sanguine.
- Ah.
Je fis une petite pause. Orange, ça doit être bon aussi.
- Il y en a une qui est un sorbet ?
- Les deux, monsieur.
- Ah.
Ça méritait réflexion. Est-ce que je ne préférerais pas pamplemousse finalement ? Ils devaient avoir pamplemousse, j’avais même repéré un bac bleu « Schtroumpf » sur la gauche et des parfums « Spéculoos ». Je pourrais peut-être prendre pamplemousse – banane. Non, pas deux fruits, ce serait trop bête. Quoique banane, on n’en voit pas si souvent, je veux dire parfum banane pour une glace. Banane et quoi alors ? J’ai toujours souffert du syndrome de l’indécis.
Derrière moi les grognements s’étaient mués en commentaires, de moins en moins discrets.
« C’est bon on se décide ? » « Vous êtes pas tout seul. » « Il y a des enfants ici ! »
Je me retournai. La queue devait bien faire une trentaine de mètres maintenant. Je commençai à transpirer. Ça ne me facilitait pas le choix, au contraire. Bon, alors banane et, ou orange et… J’allais me décider pour orange - sorbet chocolat quand j’avisai toute une partie de l’étalage qui m’avait échappée. Une ribambelle de parfums plus exotiques les uns que les autres : ça commençait par ananas, mais ça continuait avec basilic, fleurs de sureaux, noix du Brésil, cactus, et des désignations comme Lavande, Bourrache ou Capucine dont je n’avais jamais entendu parler. J’étais fait ! Ce serait idiot de se précipiter sur banane, orange ou chocolat.
Le ciel s’était assombri. Pas de nuages, mais le soleil était en train de descendre à l’horizon. Les commentaires se faisaient moins pressants. Je me retournai. Surprise, la queue avait diminué. Face à moi, la vendeuse semblait lasse. La spatule pendait au bout de son bras, comme un poids trop lourd pour elle. Il faisait presque nuit. Je regardai ma montre, puis de nouveau l’étalage. J’eu alors une fulgurance. Je souris à la vendeuse et lui communiquai ma décision :
- Je crois que je vais revenir demain.