Un ciel de plus en plus blanc

Thème: Un grand moment de solitude • 12 septembre 2025 • par Marcel Nagel

Couché sur un banc, dans ce parc, je me sentais glisser dans le sommeil, comme quand tu rêves que tu tombes d’un immeuble. Tu tombes, tu tombes, c’est très lent, de plus en plus lent. Tu vois arriver le sol, là-bas, tout en bas. Tu n’arrêtes pas de tomber, ça dure, ça te tord le cœur et l’estomac, tu tombes, jusqu’ à ce que… Réveillé. Brusquement. Le froid ? Oui, j’avais froid. Mais il y avait autre chose. Une silhouette s’approchait de moi, lentement, comme avec circonspection. J’ai sursauté. Une femme ? Oui, d’après ce que j’ai reconnu du vêtement quand elle est sortie du couvert, dans la lumière déjà vive du matin naissant. Elle portait une jupe sombre tombant jusqu’au sol et une veste cintrée de couleur sombre elle aussi, bordée de fourrure noire. Elle avait posé sur le devant de sa tête un minuscule chapeau, noir également, d’une forme échancrée, extravagante, comme un oiseau qui aurait poussé un cri muet, figé. Une voilette de résille couvrait le haut de son visage. Elle s’avançait vers moi, sans aucun bruit, comme si elle glissait sur le sol, s’arrêtait, repartait. Je la regardais, immobile, incapable du moindre mouvement. Elle a fini par s’asseoir à côté de moi et m’a pris la main. J’ai senti qu’elle portait des gants de cuir très fin qui prenaient exactement la forme de ses mains et de ses doigts. Ce contact m’horrifiait et me fascinait à la fois. J’étais glacé, incapable de bouger. Elle a tenu ma main longtemps dans la sienne, sans bouger, la regardant fixement. J’ai senti une douce chaleur passer lentement dans ma main, puis dans mon bras, et, lentement, dans mon corps tout entier. La femme s’est mise à malaxer cette main avec une agitation toujours plus grande. Je me suis bientôt trouvé, bien malgré moi, couché sur le dos dans le gravier, derrière le banc, la femme accroupie sur moi. J’ai bien essayé de me dégager, mais elle me maintenait fermement. D’une main habile, elle a défait mon vêtement. Elle s’agitait, son corps fourrageant le mien comme un animal fouille la terre de son groin. Je me suis alors rendu compte avec une stupéfaction horrifiée que tout son corps était recouvert de la même substance que ce que j’avais d’abord pris pour des gants, comme une seconde peau ou une combinaison extrêmement ajustée, épousant la moindre forme de ce corps souple, aux mouvements fermes et fluides. Malgré ma répulsion et mes efforts pour me dégager, elle restait agrippée à moi sans que je puisse résister.

Tout à coup, par-dessus le dossier du banc, j’ai vu un visage qui nous regardait, un visage d’homme très vieux, totalement ridé, immobile, sans aucune expression. J’ai fermé les yeux un instant. La femme s’est agitée de plus belle, et finalement, dans un soubresaut, j’ai lâché ma semence. Quand j’ai rouvert les yeux, le visage de l’homme avait disparu. Je ne voyais que les feuillages qui dessinaient de sombres arabesques dans un ciel de plus en plus blanc. Bientôt, la femme a lâché son étreinte, s’est levée et a disparu. Pendant toute la scène, aucun mot n’a été échangé.

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