Tracasserie

Thème: Le parking des amnésiques • 12 septembre 2025 • par Anne Grognuz

Tracasserie

- Oh non, ils ont mis une barrière. Il faut prendre un ticket de parking !
J’avance ma voiture en bougonnant et je découvre que ce n’est pas un système avec ticket. Il faut une clé que je n’ai pas.Abasourdie, je recule et je fais demi-tour. Où vais-je bien pouvoir laisser ma voiture ? Il y a tellement peu de places dans le quartier. Puisque c’est comme ça, ils ne me verront pas à leur réunion. Je m’apprête à partir quand j’aperçois une collègue qui surgit au coin de la rue. Je ralentis, puis jem’arrête à sa hauteur, je la salue et lui fais part de mon problème. Mon ton devait trahir mon mécontentement parce qu’elle me dit de ne pas surréagir. Je rougis et je me calme. Radoucie, je lui demande si elle sait où je peux me garer. Elle m’explique que l’établissement a fait installer cette barrière pour empêcher les usagers de la gare voisine d’envahir les lieux et garantir une place de parc aux enseignants.  Ceux-ci avaient été priés avant les vacances d’aller au secrétariat chercher la clé dont il fallait se munir pour ouvrir la barrière.

- Et moi qui n’appartiens pas à l’établissement, on ne m’a pas informée !
- Ils ont pourtant pensé aux gens comme vous ainsi qu’aux enseignants qui ne se seraient pas souvenus de cette consigne. Ils ont ouvert ce matin le petit parking de la direction qui se situe derrière le bâtiment principal. Vous pouvez y laisser votre voiture, le temps d’aller quérir une clé.
- Comment pouvais-je le savoir ? Heureusement que je suis en avance et que je vous ai rencontrée, mais je vaisdevoir courir. 
- Je compatis. Prenez cela comme une parenthèse bienvenue avant d’entendre ces messieurs discourir. 
Ragaillardie, je rebondis :

- Un peu d’exercice m’évitera peut-être de m’endormir. 
Elle sourit et renchérit :

- Oui, les discours me font souvent périr d’ennui, mais il nous manquerait quelque chose s’il n’y en avait pas. Je vous laisse aller au parking que nous avons surnommé le parking des amnésiques. 
En riant, je la remercie et je démarre. Cette situation me fait réfléchir. Ils m’ont invitée à participer à leur conférence des maîtres de la rentrée, alors comment se fait-il qu’ils aient oublié de m’avertir. Apparemment, l’amnésie ne touche pas que les enseignants. Cette histoire de parking doit leur occasionner un travail supplémentaire dont ils se seraient bien passés. Je vais leur offrir mon plus beau sourire et les remercier de leur invitation. C’est si rare d’être accueillie officiellement et d’être présentée à tous. C’est confortable de sentir que je fais partie de leur équipe. En 20 ans d’itinérance, c’est seulement la troisième fois que ça arrive. Habituellement, l’enseignante du soutien pédagogiquespécialisé en surdité que je suis doit montrer patte blanche et entrer par la petite porte en déployant des trésors de diplomatie pour se faire accepter. Alors, cette histoire de clé, c’est une broutille.

Tout va bien, j’ai réussi à en obtenir une, à garer ma voiture et à revenir à temps pour la conférence. Mon déplaisir initial est oublié. La garantie d’avoir une place de parc gratuite est un sérieux avantage. La nouvelle année scolaire, dans cet établissement, commence bien.

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