Réglée comme du papier à musique

Thème: L'exaltation de la routine • 12 septembre 2025 • par Anne Grognuz

Nathan se lève à 5h30, déjeune, se lave et s’habille tous les jours à la même heure. Il porte toujours le même modèle de pantalon et de chemise. Son horaire est toujours le même : Il part travailler à 7h15 après avoir pris quelques grandes respirations en écoutant dans sa tête le deuxième mouvement de la symphonie n° 7 de Beethoven qu’il connaît par cœur. Il peut ensuite sortir de chez lui et aller à pied à son travail, car il ne supporte pas la promiscuité dans les bus. Il salue Christine, la secrétaire, sans la regarder dans les yeux, lorsqu’il arrive à 8 heures pile, se dépêche de rejoindre son poste de travail, pose sa veste sur le portemanteau et aligne son crayon et ses deux stylos sur le coin droit de son bureau avant de consulter ses mails. A 10 heures, il boit son café sorti de son thermos. A 12h, il va dîner au petit restaurant du coin. Il s’assied toujours sur la même chaise, à la même table, dans une alcôve qui lui est réservée à l’écart des autres clients dont il ne supporte ni l’odeur, ni les bavardages. Il mange tous les jours le même menu. Il lit son journal à 12h45, il repart à 13h00, il s’arrête au bord du lac et pratique des exercices respiratoires en entendant Beethoven dans sa tête pour décompresser. Il arrive à 13h30 à la banque, il s’installe à son bureau, il vérifie l’alignement de ses outils scripteurs et entame son après-midi de travail. Il boit un grand verre d’eau à 16h, il quitte le travail à 17h30, il arrive chez lui à 18h15, il fait un peu de ménage, il vérifie le contenu de son réfrigérateur et note ce qui lui manque. Il se prépare à manger et téléphone à sa mère à 19h25. Après 5 minutes, il lui dit qu’il doit la laisser. Il soupe à 19h30. Il s’installe dans son fauteuil pour écouter le concerto pour piano n° 23 en la majeur de Mozart à 20h, puis il continue la lecture de son livre et va se coucher à 22h30. Il va tous les samedis après-midi au cinéma, car il y a moins de monde que le soir et il va se promener dans la forêt près de chez lui tous les dimanches.

L’organisation de sa vie n’a pas varié d’un iota depuis des années. Elle lui convient bien comme ça. Pour lui, le monde est chaotique. Il ressent trop, se rappelle trop et perçoit trop de détails visuels, olfactifs et auditifs qui le submergent, lui font perdre la vision d’ensemble et l’angoissent. Il a donc besoin de repères, de structuration de son espace de vie, et de routines rassurantes rythmant sa journée, et tout ceci sans changements, afin d’avoir moins d’éléments à gérer. Ces routines le protègent. Elles ont pour effet de limiter au maximum les situations stressantes en rendant sa vie prévisible et lui permettent de rester dans sa zone de confort. Il est autiste.


Sources :

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