Lorsque Mimoso a appris que manger des pâtes durant les années pas-folles était un acte antifasciste, ça lui a foutu un coup.
Mais lorsqu'il a appris que manger des pâtes tricolores était un acte anti-antifasciste, il a été désarçonné, décontenancé et même désespéré.
Dans la vie, tout est politique.
Manger est politique.
Manger que des légumes est politique.
Ne pas manger est encore plus politique.
Consommer, lire, respirer, ramasser la caque de son chien, TOUT EST POLITIQUE.
"Allez tous vous faire avec votre politique" qu'il a dit un jour, avant de s'inscrire au programme de la NASA, comme technicien de surface cosmique.
Là-haut, personne ne l'emmerdera avec tout ça.
L'entrainement ? Une bagatelle, eazy-peazy, tant sur le plan psychologique que physionomique.
Très vite il a été mis en orbite, avec pour mission le nettoyage du bordel galactique.
Consciencieux, il s'est fixé des objectifs louables:
1: Localliser le Sputnik
2: Attraper le Sputnik par les antennes
3: Donner une impulsion en direction la terre, afin qu'il entame sa descente sous forme de spirale, pour se désintégrer dans la stratosphère, au-dessus de la Sibérie, sous forme d'un météore rouge à faucille que l'on surnommerait "la comète du Tavarich". Si Mimoso est là-haut, c'est justement pour ne plus parler de Soviets ou de politique, mais se dérober de ses soucis d'humain dans un environnement si inhumain.
Un jour, alors qu'il était en train d'essayer d'attraper des écrous cosmiques et autres curiosités sidérales, sa Solitude vint lui tenir compagnie.
Plein de choses il lui dit:
Que le Poulet-Queso-Jamon lyophilisé qu'il s'enfile tous les jours... bien des animaux sont morts pour finir en poudre.
Et c'est horrib'.
Que le combustible qu'il a utilisé pour monter jusqu'ici a été majoritairement ingénieuré par un nazi dans les années 50.
Et c'est horrib'.
Que chaque seconde sous ses yeux 4 trous de balle naissent, 2 claquent, plein forniquent et d'autres s'injectent des trucs joyeux dans les veines.
Horrib'.
Vu de là-haut, rien n'a du sens, d'autant plus qu'en ayant quitté la Terre, lui et son vaisseau, ils ont fait changer la densité de la planète.
Ça, c'est incroyab'.
À Solitude, il lui avoue que si une clé à molette oubliée venait le percuter à 56'000km/h, il ne manquerait à personne.
Finit-il de penser cela, qu'un boulon d'un satellite de l'armée suisse, un boulon ROLEX galvanisé H3 DIN 603, vient heurter sa combinaison de cosmonaute.
On aurait voulu que cela fasse un vacarme énorme, mais comme dans l'espace il n'y a pas d'air et qu'en orbite les boulons ROLEX sont de vraies salopes, la collision est bruyamment muette.
La percussion se déroule comme dans le film Gravity, mais en mieux, car la ferraille vient arracher le coeur de Mimoso, net, laissant derrière lui une trainée filante de sang, avec en son bout un corps qui flotte avec sa Solitude.
Comme on l'a dit: regarder les étoiles, ce n'est pas que regarder les étoiles.
C'est constater le chaos que l'homme a laissé derrière lui en seulement 70 ans et s'apeurer devant La Grande Acceleration.
C'est regarder tous les soirs un coeur de cosmonaute rempli d'idées orbiter au-dessus de nos têtes en se demandant pourquoi et comment on en est arrivés là.
Regarder les étoiles est un ACTE POLITIQUE, ne pas les regarder c'est tout ignorer, ce qui est ENCORE PLUS POLITIQUE.
Mais pour l'amour du ciel... foutez-moi la paix avec les interprétations.
Coeur de Mimoso, toi le ciel et les étoiles, je continuerai à vous contempler sans raison, d'un regard de benêt... et peu importe ce qu'on en dira.