Quand faut y aller... faut y aller

Thème: La passerelle • 12 septembre 2025 • par Denise Campiche

Ça doit être par-là, sur la droite.

Oui, je reconnais ce vieux saule, je l’ai déjà vu et peut-être même taillé lorsque je faisais de la vannerie, une de mes anciennes activités.

Oui… là ! oups, non ! l’eau est toute proche, mais pas de pont.

L’eau semble profonde. Trop ! Elle est d’un vert très sombre, opaque, glauque.

Je relève la tête effrayée d’avoir risqué ce plongeon involontaire dans une eau « inaccueillante ».

Le brouillard transforme le décor, je ne reconnais rien et je n’ai pas de repère.

Le chemin est surprenant, fuyant, et la brume semble ramper au ras du sol.

Je n’entends rien, un silence consternant.  Rien de rien, pas même l’eau qui coule.

C’est angoissant, froid, humide, flippant…

Il faut pourtant que j’y aille, c’est obligé !

La dernière fois que je suis passée par là, il faisait beau, les oiseaux chantaient, et j’entendais très bien les battements d’ailes de mes tourterelles.

Elles étaient là rassurantes, certaines posée sur les buissons et elles roucoulaient leur : tour-te--relle, brr-brr--brrrr et non le sempiternel : je suis …un…pi-geon, brr-brr-brr-brrbreeee que font tous les ramiers.

Elles étaient là, avec moi, blanches et beiges, une petite virgule noire en guise de collier, me montrant le chemin en voletant de branches en branches pour m’aider à trouver cette fichue passerelle si bien cachée dans les fourrés.

Et là, rien ! pas un son, pas un oiseau, pas le moindre colombin pour m’aider !

Juste du brouillard.

Juste du silence.

Juste de l’inquiétude et l’envie de faire demi-tour.

L’envie de me dire que ce n’est pas pour aujourd’hui.

Mais si je me retourne, il me semble que le chemin s’efface derrière moi. Disparait.

Fermant ainsi toutes possibilités de retour.

Et ce silence…quelle angoisse !

Silence, et en plus ce manque d’odeur, cette absence de bruit et pas le moindre souffle d’air… Quelle ambiance morbide.

Je dirais juste que la lumière est plus subtile devant moi que derrière.

Elle semble proche et pourtant lointaine.

Elle est douce et cependant violente.

Elle n’éclaire cependant pas assez pour guider mes pas !

Une lumière peut-elle être musicale ? C’est ce que j’espérais, j’attendais…

Et je suis là, dans ce chemin triste et gris, cachée dans l’opacité de l’air, avec pour seule compagnie mon âme aussi triste et grise que l’ambiance de ce sentier improbable et incertain.

Il faut que j’avance, je ne pense pas avoir le choix.

Combien de temps encore jusqu’à ma passerelle de lumière ?

 

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