Petit poème tissé en prose
Thème: L'étoile d'araignée • 12 septembre 2025 • par Pierre Méan
Les toiles qui scintillent du regard candide et gourmand de tous les enfants devant le sapin de Noël sous lequel se trouvent les cadeaux rêvés au fil de l’année ;
L'étoile de Noël -qui pousse en accéléré - pour garnir les recoins de l'appartement de grand-maman ;
L'Etoile du berger, qui ne perd pas le Nord et qui, depuis la nuit des temps, conduit bergers, marins, fugitifs, randonneurs en tous genres ;
Les toiles de maîtres Vincent, Henri ou Claude, créées en traits vifs et colorés, pour faire bonne impression ;
Les toiles hollandaises, espagnoles ou portugaises, tendues de portraits sombres pour les alcôves des églises ;
La Toile qui fait de nous des captifs pour tous nos faits et gestes, tantôt aide ou perfide espionne, nécessaire autant que futile ;
La Toile qui fait de nous des êtres augmentés, au prix d’une frénésie de consommation d'énergie, qui nous isole autant qu'elle nous connecte, qui fait de chaque individu les pions d'un immense commerce de données ;
L'étoile publicitaire qui nous aiguille vers des achats tous plus somptueux les uns que les autres au fil d’événements festifs sortis de la tête de malicieux et perfides champions du marketing ;
Les toiles de tous les élixirs qui procurent ivresse, légèreté et glauques dépendances ;
Les toiles des artistes psychédéliques habiles à réunir dans des compositions loufoques bananes, chiens en polystyrène, tôles pliées ou amas de goudron dans une inextinguible soif d'argent et de gloire ;
Les toiles de Noël, déclinées en tentures, nappes, crèches, pulls ou chaussettes, dont est banni LE héros de la fête, ce « petit » Jésus devenu inconvenant dans un monde désormais perclus de laïcité !
Les toiles de ces bestioles si précieuses dans la chaîne alimentaire d’insectes moins désirables… et, cependant, à l’origine de tant de phobies. Elles qui font, chaque printemps, les frais de grands nettoyages ;
Les toiles d'art niais qui garnissent les bazars à touristes.
Je vous ai toutes contemplées, redoutées, critiquées, gâtées, adulées, bien sûr ! Sachez toutefois que vous ne valez guère d'être mesurées à l'aulne de mes ruminations pour achever mon joyeux et douloureux pensum sélène : capter dans la toile de l'admiration quelques dissidents rompus aux joies de la plume de Mon Ami Pierrot !