Ô mon joli Sahara

Thème: Une éponge ne sèche pas en un jour • 12 septembre 2025 • par François Guichon

Les premières années on ne s’en rendait pas vraiment compte. Sauf qu’une fine pellicule orangée recouvrait, après son passage, la surface des piscines, les pare-brise de voitures et les vitrages de toiture. Une petite pluie et tout était effacé. Même pas de quoi râler…

Puis, une année pour la première fois, une couche d’un ou deux millimètres enveloppa tout le paysage d’une coloration façon bronzage Donald Trump. Balayer, souffler, disperser cette poussière de sable qui s’incrustait partout demanda des semaines de travail acharné. Juste avant la saison d’été ! En quelque sorte, on avait eu de la chance…

Quand trois ans après, le phénomène se reproduisit, et à deux reprises cette fois-ci, un vent de panique vint s’ajouter à ceux de sable. C’est par tonnes que le Sahara déversait maintenant son ocre granulé sur nos vertes contrées. Les chasse-neige durent même ressortir en plein été pour déblayer routes et autoroutes. Mais où entasser toute cette masse qui ne fondrait pas, comme la neige, aux prochains rayons de soleil. Comble de poisse, on ne pouvait même pas utiliser ce matériau tombé du ciel pour la fabrication du béton : PH incompatible avec le ciment ! 

Un véritable fléau, digne des plaies d’Egypte. Un énorme grain de sable dans notre merveilleuse machine à éclipser le changement climatique à coup de mesurettes indolores et de tromperies électorales. 

Tous les ravins, toutes les gorges, les moindres dépressions de terrain furent comblées, laminant les reliefs en une platitude toute flamande. Et à perte de vue des cultures rachitiques qui ne donneraient cette année, rien d’autre que matière à compost. Seuls les enfants en bas-âge se réjouissaient de la situation : des tas de sable à chaque coin de rue. Trop bien !

L’année suivante, heureusement, les quantités furent un peu moindres, mais faute de nouvelles places de stockage, on dû ériger à travers tout le pays de gigantesques dunes qui recréèrent un vallonnement gommé par les remblais de l’année précédente. Les surfeurs s’en donnèrent à cœur-joie. Même plus besoin d’attendre l’hiver et de monter en station : les pistes étaient partout à deux pas. Sauf qu’il fallait les gravir à pied !

Cependant le matériel électronique souffrait énormément de cette poussière omniprésente. Tout comme les engins mécaniques. En quelques mois l’activité économique de cette région prospère fut contrainte à l’arrêt. Une activité à laquelle, dix ans plus tôt, on n’osait pas demander de ralentir de quelques pour-cent, sans se faire traiter d’Ayatollah de la décroissance, d’Illuminati écologique. La réalité avait fini par nous rattraper plus vite qu’on ne le pensait, et à nous submerger. Ajouté à cela une montée des températures - quasi imperceptible mais inéluctable – et les conditions de vie étaient devenues insupportables en moins d’une décennie. La grande migration vers le Nord avait alors commencé à vider le pays.

Côté Sahara, d’immenses territoires, dépouillés par le vent de leurs sables millénaires, laissent apparaître des reliefs rocailleux, peu à peu recouverts d’une fine couche de verdure. Quelques arbustes font même fait leur apparition ça et là. Au point d’influencer le régime des pluies qui se font de plus en plus fréquentes. Des bergers intrépides ont même réintroduit quelques chèvres qui se repaissent, en pleine chaleur, de ses immensités de pâturages maigres, qu’elles fertilisent au passage de leurs pétoles.

Un cycle naturel qui reprend vie ici. Quand le désert, lui, a migré en Europe.

Newsletter

Recevez chaque mois les textes directement dans votre boîte mail.

S'ABONNER