Mission impossible

Thème: L'exaltation de la routine • 12 septembre 2025 • par Sima Dakkus Rassoul

Le quotidien est bien connu pour être "rasoir" aux esprits affranchis des habitudes et des compulsions. La  routine paraît sangler nos angoisses. Elle fait semblant et ce n’est rien en comparaison de la carapace sécrétée autour de nos corps, si malmenés déjà par la vie contemporaine.

Chercher l’ordinaire pour éviter l’extraordinaire.  Quel détour paradoxal pour ne pas frôler ce qui fait le vivant et son miracle. Prodige qu’il faudrait pour exalter les parois de sa propre prison librement élaborée. Depuis la nuit des temps, on l’a dit et redit.

Routine ou petit chemin, répétition ou monotonie, mécanisme ou train-train. Tout ce qui coupe l’appétit au propre comme au figuré. Que les adeptes de l’ordre, chaque chose à sa place et tout événement à son heure se frottent les mains. Pour les autres, la tolérance est de rigueur. Son meilleur usage reste à prouver. 

« Quotidien je te hais ». J’imagine les mots du poète révolté. C’est la dictature de ce que l’on est forcé de faire parce que c’est l’heure, que demain il y a le boulot ou l’école, que le portable me le demande parce que je lui ai imposé d’être le gardien du temps. Qui commande dans nos vies?

L’artiste tente d’enchanter le quotidien en l’épiçant, en l’inventant. Toute la poussière du jour à secouer, quasi invisible, mais puissante. L’imaginaire est le complice et l’instrument qui ouvre la porte de la cage. Son moteur intérieur cependant est profond. La passion de mettre ses forces, ses idéaux, ses intuitions ensemble et de ruser avec les contradictions dont la vie nourrit ses artères. 

L’ordre et le désordre se disputent un espace de vie.  Sans l’un, l’autre n’aurait l’air de rien. Mais chaque méthode a ses préférences géographiques, culturelles et personnelles. Et leur voisinage craint, en langage familier. 

La santé mentale très à l’honneur depuis une certaine épidémie, qui a détruit quelques rituels bien établis, se préoccupe fortement de ce qui nous arrive. Comme si la confusion s’était infiltrée par les mêmes voies que le vaccin et autres masques. Lavage de cerveau avant lequel l’intelligence artificielle n’aurait eu aucune chance de passer, comme une lettre à la poste,  pour l’avenir de l’humanité. Dont la poste aurait disparu.

Notre quotidien en porterait-il des traces ? Une tempête a déferlé sur nos fragiles épaules, bousculant nos croyances les plus anciennes et les plus fermes. Un cycle lent de rationalisme a jeté l’éponge. Après des siècles de lumière, quel désastre ! Le confinement a ouvert à l’introspection, dans le meilleur des cas, à ancrer l’individu dans le nombrilisme dans la pire des situations. Le virtuel nous bénira.

En Afghanistan, on dit « secouer la maison » pour parler de nos nettoyages de printemps. La nature appelle à dépoussiérer un ordre induit par l’hibernation qu’elle soit symbolique ou réelle. Il reste la bataille jamais gagnée définitivement de l’ennui, du spleen et du vide dont l'antidote choisi communément paraît l'enferment répété dans des règles sans les interroger sur leur fondement.

Et maintenant, que va-t-on faire ? Se débarrasser des draps de l’ennui ? Quotidien, bien sûr.

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