Manifeste
Thème: Le parfum des impossibles • 12 septembre 2025 • par Sima Dakkus Rassoul
Se lever du pied gauche. Dissidents ou non. Cela dépend des jours. Certaines aubes au parfum de promesse et d’autres un peu gris comme en novembre. Pendant les fêtes, les lumières de toutes les couleurs cherchent à égayer l’atmosphère.
Une dissidente lambda qui obstinément évite les foules, les modes et les sourires photogéniques, se trouve précisément dans une ruée vers les Blacks Friday, et pour finir tous les jours de la semaine.
Elle se gare à chaque bousculade des petits et des grands, pour ne pas perdre pied voire plus.
Son esprit, lassé de ces mouvements environnants, de ces passants qui ont l’illusion de parler à quelqu’un qui sans doute écoute à moitié pour ne pas se faire écraser par un piéton, oui oui, ou un bus, ou un vélo, qui sait. Rmrm, dit le motard.
Toute la multitude qui sent la solitude. La dissidente sourit intérieurement tout en évitant le porteur du portable d’en face. Elle se sent forte dans ce rush. Fière et altière, elle fend le désordre, mais elle a de la peine à rassembler ses idées. Le cerveau a horreur de faire plusieurs choses à la fois. Mais les pieds ont aussi leur exigence, les recherches le montrent moins. Ne dit-on pas bête comme ses pieds ? Hein ?
Ecoeurée de cette quête vaine autour d’elle, la dissidente se lance dans un bus, c’est auprès du chauffeur qu’on se sent le plus au chaud et le plus confortable. En plus, il abaisse le plateau pour faciliter la montée.
, n’y tenant plus de faire partie de ce désordre au parfum qui sent l’humain. Enfin ce qu’on croit humain. Elle appelle un taxi parfois. Et là, elle entend le blues du chauffeur. On lui a rétrici les trottoires. Il est contraint de s’électriser, enfin rouler en voiture électrique.
Une fois de retour dans son foyer aux radiateurs froids, la dissidente tourne automatiquement le bouton de sa télé. Elle veut être au courant des nouvelles du monde.
Il faut de l’énergie pour s’informer d’autre chose que la daube des journaux de proximités qui n’ont de souci que pour les divers, immédiats, mais peu informatifs.
En Afghanistan, les enfants meurent de faim, les femmes se taisent ou crient sous la torture dans les prisons. C’est bientôt Noël. Bonnes fêtes se dit la dissidente en pensant à ces ami.e.s et à ceux qui ont quitté ce monde cruel.
Sima Dakkus Rassoul
16 décembre 2024