le téléphone portable
Thème: L'union fait la fraise • 12 septembre 2025 • par Ana Maria Vidal
Avez-vous déjà constaté comment les téléphones portables corrigent notre écriture selon son propre gré ? Parfois, nos messages déclinent des formules totalement surréalistes. Sur le mien, j’ai deux langues fonctionnelles, l’espagnol et le français. Ces apparitions de messages déformés ont donné lieu à des blagues diverses et variées sur le net. Pendant une période où je me familiarisais avec mon nouveau modèle de téléphone, j’étais confrontée à ces déformations des messages que je souhaitais écrire.
Souvent, je devais à corriger les mots que le tel avait adapté librement. Je trouvais cela fort exaspérant. Si je ne faisais pas attention, si j’étais trop pressée, j’envoyais des messages incompréhensibles à mes amis.
Je découvris que je n’étais pas la seule à jongler pour réussir à préserver le message voulu. Des commentaires sur ce phénomène commencèrent à inonder youtube. Je n’oublierai jamais celui du gars qui montrait un élégant sens de l’humour face à son ras le bol. Il décrivait ses tentatives d’envoyer un message à un collègue jalonnées de rectifications constantes causées par le choix libre de son portable. Finalement, sa patience arrivée à bout, il écrivit une exclamation accordée à son degré de colère : « Su puta madre ». En français c’est facilement identifiable comme « la putain de sa mère ». Mais le tel a ses propres concepts de censure. Le message devint « Su fruta madre », c’est-à-dire « le fruit de sa mère » J’ai ri à fond. Mon exaspération trouvait un exutoire grâce à l’humour de la personne qui partageait la créativité aléatoire de son appareil.
En français j’ai été confrontée à une autre variation, qui a déclenché toute une réflexion. L’union fait la force est devenu l’union fait la fraise. Après un instant suspendu dans l’air par la surprise, mes yeux se sont tournés vers le parterre devant mon salon. Un tapis de fraisiers, serrés les uns contre les autres, sont en pleine floraison, annonçant une cueillette réjouissante de leurs petits fruits. On dirait une armée végétale. Les petits soldats sont serrés les uns contre les autres. Ils sont joyeux de voir se transformer leurs têtes de fleur en fruit. Je les regarde avec tendresse et anticipe le plaisir de ls savourer tout bientôt, dès qu’elles seront bien mûres.
Soudain, un souvenir désagréable vient perturber ce moment idyllique. Récemment, je suis allée chez le dentiste. Là, des fraises sur un plateau métallique sont prêtes à labourer nos dents et à nous régaler les oreilles avec des grincements que l’on pourrait retrouver dans des scènes de films de terreur. J’en ai le tournis….Il n’y a pas que le téléphone qui s’amuse à proposer des tournures exotiques, la vie aussi offre incongruences : qui a eu l’idée folle de nommer ces instruments de torture avec le nom de ce magnifique fruit ?!?!