Le parfum des impossibles
Thème: Le parfum des impossibles • 12 septembre 2025 • par Ana Maria Vidal
Elsa a déménagé. Finalement. C’était son rêve depuis qu’elle avait pris sa retraite. Elle avait écrit une lettre à l’univers, pour bien définir comment devrait être son lieu de vie idéal pour la dernière tranche de sa vie. Conseillée par son amie Viviane, elle avait peaufiné la description jusqu’aux moindres détails, puis avait commencé ses recherches.
Elle n’avait pas eu de mal à vendre son petit appart. Il était mignon et bien entretenu. Les nouveaux propriétaires étaient ravis de leur achat et ils n’avaient qu’une envie : s’y installe le plus vite possible. La date limite avait été fixée, de commun accord, même si après une négociation un peu serrée de la part des acheteurs.
La conviction avec laquelle Elsa avait posé son vœu dans les mains de l’univers n’avait pas eu la vitesse de réponse espérée. Ses recherches devenaient infructueuses. Le temps passait. La date de la remise des clés approchait, de plus en plus vite. Les doutes commençaient à l’assaillir. Peut-être que le timbre qu’elle avait collé à la lettre n’était pas de la bonne valeur ?
Fatalement, elle dut se rendre à l’évidence. La recherche d’un garde meubles prit le devant. Son ancien appart fut vidé. C’est ainsi qu’elle se retrouva avec ses affaires empilées dans un box sans âme, et sans avoir aucune idée de quand elle pourrait s’installer dans un nouveau chez soi.
Elle crut percevoir le parfum des impossibles inonder son cœur. Elle se ressaisit et redirigea la barre direction futur proche. Assise dans un salon de thé récemment découvert, le portable à la main, elle décida de lancer un sos : qui voudrait bien la loger pendant un intervalle à longueur indéfinie qui s’ouvrait devant elle ? Le portable à la main, elle fit défiler les noms de ses amitiés, puis de ses connaissances.
« C’est fou la quantité de contacts que j‘ai accumulé au fil des années », se dit-elle en découvrant la longueur de la liste. Et soudain, une vieille amie se détacha de cette longue série de noms. Et un déclic se produisit. Oui, ça faisait si longtemps qu’elles ne s’étaient plus contactées, mais les amitiés de jeunesse gardent une place hors de l’espace et du temps dans nos cœurs, se dit Elsa.
Marion décrocha le téléphone. « Elsa ! Ça alors, quelle synchronicité ! J’étais en train de regarder des photos de quand nous avions partagé la chambre lors de nos vacances en Grèce. Ça date ! Je me sentais nostalgique. Que deviens-tu ? » C’est à la suite de cet appel que les évènements se précipitèrent.
Aujourd’hui elles viennent de récupérer les clés de leur nouvel appartement. Un duplex qui leur permettra de cohabiter sans se marcher dessus.
Elsa est devant son garde meubles. Les mesures de son nouvel espace dans la tête, elle constate qu’un grand tri l’attend. Après un moment de panique face à la lourde tâche incontournable, elle découvre une nouvelle nuance du parfum, celle du possible. Le parfum des impossibles