Luc était un égaré perpétuel. Et quand il ne l’était pas, il était désolé. Désolé, de l’avoir été.
Il s’était égaré la première fois qu’il l’avait trompée. Egaré dans les dentelles de sa collègue. Et on dit que les femmes n’ont pas le sens de l’orientation.
Il était désolé la première fois qu’il l’avait giflée. Mais bon c’était elle aussi qui le cherchait. J’égare souvent mes clés ou mes lunettes, mais jamais de gifles ou de coups de poing.
Etonnamment, chaque fois que Luc s’égarait, il retrouvait dans le même temps la boutique du fleuriste. Alors bien sûr, elle pardonnait. Puisqu’il ne le ferait plus jamais. Il l’avait promis.
Ils avaient décidé de déménager. Un appartement plus grand avec un jardin. Et surtout une chambre supplémentaire pour accueillir leur futur enfant.
Dans un quartier familial, avec les commerces à proximités pour qu’elle puisse tout faire à pied. Elle ne conduisait pas. Non pas qu’elle soit écolo, mais Luc ne voulait pas qu’elle passe son permis. Tout comme il n’avait pas voulu qu’elle finisse ses études. Elle n’avait pas besoin de travailler. Il prendrait soin d’elle. Et elle de la maison.
C’est à cela qu’elle s’affairait depuis trois jours, déballant les innombrables boîtes, cherchant une place à chaque objet. L’appartement n’était encore qu’un champ de cartons à demi ouverts et de meubles en kit pas encore montés. Elle passait son temps à chercher ses affaires dans ce chaos.
Une seule chambre était restée vide. Celle du bébé. Celui qu’elle aurait dû mettre au monde en mai. Elle l’avait perdu, un mois plus tôt. Un fâcheux accident. Encore une drôle d’expression. Est-il de joyeux accidents ? La porte de la petite chambre restait close. Luc, lui, avait trouvé une autre utilité à cette pièce. Ce serait son bureau, mais en attendant, elle demeurait vide.
Elle avait passé la journée à aménager le salon et à fixer aux murs les nombreux tableaux et photos. Malgré tout ce chambardement, le dîner devait être prêt à temps. Elle avait pris de l’avance dans l’après-midi. Mettant soigneusement la table. Coupant des légumes et préparant la marinade pour le rôti. Il était maintenant au four. Ce qui lui laissait une petite heure de répit.
Elle se fit couler un bain et plongea avec délice dans l’eau chaude de laquelle émanait des odeurs de lavande et de mélisse. Elle sombra. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, l’eau était tiède et sa peau fripée. Mince ! Depuis combien de temps s’était-elle assoupie ? Quelle heure était-il ? Luc n’allait pas tarder à rentrer. Vite, elle s’enroula d’une serviette. Elle sorti de la salle de bain et se dirigea vers le dressing. Dans le couloir elle remarqua que la porte de la petite chambre était entrebâillée. Elle était pourtant certaine de l’avoir fermée. C’était trop dur pour elle de voir cette chambre vide et d’imaginer la vie qu’il n’y aurait pas.
Elle avança doucement et poussa la porte entre-ouverte d’une main fragile. Le corps de Luc gisait sur le sol. Son visage réduit en une bouillie indéfinissable. A côté de lui, un marteau. Celui, qu’un peu plus tôt dans la journée, elle avait "égaré".