Lâcher prise
Thème: C'est au pied du mur... • 12 septembre 2025 • par Ana Maria Vidal
Il a décidé de prendre un consultant afin de redresser la barre. Sa croyance était que le consultant assumerait la tâche, qu’il soulagerait le poids qui l’écrase, qu’il tracerait les pas à suivre. Bref, qu’il redonnerait de la viabilité à son projet. Il a vite découvert que ça n’allait pas marcher comme ça….
Sans presque s’en rendre compte, il a vu ses tâches quotidiennes augmenter. C’était comme s’enliser progressivement dans un terrain marécageux. Un vrai cauchemar. Le consultant faisait des demandes de plus en plus accablantes. Julien s’efforçait de son mieux à y répondre, avec la confiance que le tournant tant espéré était tout proche, que l’issue n’était qu’à un pas de plus. Et là oui, finalement, il pourrait se reposer. Mais à chaque étape, l’horizon s’éloignait encore plus. Il manquait toujours un papier de plus, une étude de plus, un dossier de plus à fournir. Le consultant était imperturbable, insensible à son angoisse….
Julien se sentait attrapé dans un piège. Il étouffait. Se lever chaque matin pour aller au bureau demandait un effort surhumain. Il vivait « d’un peu d’angoisse et de café », comme chantait Marie Paule Belle. Sauf que pour lui, ce n’était pas un peu, mais beaucoup d’angoisse et beaucoup de café. Trop.
Autour de lui ses proches s’inquiétaient sérieusement. Ils le voyaient dépérir à toute allure. Il était incapable d’écouter des conseils bienveillants. Arrêter, assumer l’échec, licencier son personnel ? C’était tout simplement inimaginable. Il se sentait au pied du mur et il essayait encore et encore de l’escalader. Derrière, pas de doute, il y avait un magnifique paysage qui l’attendait les bras ouverts…
Puis un matin, ce fut le choc. Impossible de faire un pas, de se souvenir de quoi que ce soit. Un état de légume s’était emparé de lui. La volonté ? Inaccessible, inexistante. Le monde se mit à tourner sans lui….
De longs mois se sont écoulés. Aujourd’hui, une fois de plus, il est parti marcher dans la nature. De bonne heure. Il savoure ces temps de silence, ces rendez-vous avec lui-même. Petit à petit, il tâtonne ce que va être sa nouvelle vie. Plus d’entreprise, une traversée ardue niveau santé, le deuil de son ancien univers qui s’est écroulé. Le lâcher prise s’est imposé bien au-delà de sa volonté. Il a été poussé à accepter humblement que nul n’est indispensable. Il a dû apprendre à se faire aider. Il a redécouvert avec des yeux nouveaux les personnes qui l’aiment. Il découvre l‘amour inconditionnel. Il ne sait pas encore de quoi sera faite sa nouvelle vie, il est certain que ce ne sera plus la même qu’auparavant… Il se sent habité par une curiosité renouvelée, teintée de confiance. Finalement, la vie est belle… !