La vie...
Thème: La poésie du désordre • 12 septembre 2025 • par Ana Maria Vidal
Là, elle a sept ans. Assise à califourchon sur le manche d’un balai, elle rêve qu’elle s’envole dans les airs, comme une sorcière. Puis, c’est le contact des pieds nus avec le sable chaud de la plage, avant de plonger dans l’eau fraîche et salée de la mer.
Le froissement avec sa copine de l’école, les premières douleurs relationnelles.
Sa curiosité face aux couples qui marchaient main dans la main dans la rue. La chanson de Brassens des amoureux qui se bécotent sur les bancs publics vient proposer une bande sonore à ce passage. Elle aussi elle a subi le regard oblique des passants honnêtes lors qu’elle osait s’habiller en hippie.
Les tensions, les questionnements, les succès, les satisfactions, les remises en question qui ont accompagné son quotidien se pointent. Sa vie de femme mariée qui basculait ver le divorce. Les pages de l’album s’activent de manière aléatoire. Voici les premiers amours d’adolescente, le prince charmant avec son lot de promesses. Yeux pétillants, papillons dans le ventre. Puis son visage de femme mûre, avec des cernes qui parlent des nuits sans dormir, des angoisses, du déchirement de son rêve de famille.
Déménagements multiples, à chaque fois les cartons et le tri, l’élagage de vêtements, de livres, de bibelots. Puis encore le voyage en Afrique, la photo du groupe d’amis, souriants, dans un décor dépaysant.
Les nouveaux défis professionnels. Les voyages en avion. Au début, porteurs, excitants, prometteurs de nouveauté, puis au fil des années, de plus en plus fatigants L’exaspération face aux mesures absurdes des contrôles de soi-disant sécurité aux aéroports. L’évasion dans la lecture, ah ! les livres, ces compagnons de voyage !
Puis, plus besoin de réveil strident le matin. Les journées l’accueillent avec douceur et respectent son rythme. Elle a l’embarras du choix. La boussole marque le nord en fonction du plaisir et de la joie : activités diverses, partages, rencontres, temps pour la contemplation. Tout finit par trouver sa place, même si elle a eu besoin d’un temps pour apprivoiser cette tournure de la vie.
Soudain, elle revit l’émerveillement devant la page blanche du cahier encore impeccable, le jour avant la rentrée scolaire. Le poids du cartable sur son dos et les pas qui avancent alégrement vers le bus qui la transportera jusqu’à son école. Aujourd’hui, le jour de ses 80 ans, elle entame un nouveau cahier. Elle écrit sur la page blanche : La vie, ne serait-elle pas la poésie du désordre ?