Le grand sage Lao Tseu a dit « L’arbre s’abat avec fracas, et l’on n’entend pas la forêt qui pousse. » Il y a ainsi des phénomènes discrets, lents, imperceptibles, comme la croissance des arbres, la fonte des glaciers, le séchage des éponges, la dérive des continents, même encore plus lents, comme l’égalité des salaires hommes femmes, ou les aveux de DSK et de Tarik Ramadan, car petit à petit, lois aux fesses on nie…
Oui bizarrement lent, comme l’adoption d’une loi pour des multinationales enfin responsables, presque aussi lente que la justice fiscale dans le monde. Voire interminable, telles la naissance d’une bonne idée à l’UDC, ou la guérison d’une dépression sévère.
Sortir du fond d’un trou sans fond, voilà le pire du pire pensait-il, et pourtant. Sa sortie du trou s’est passée comme la croissance des nénuphars sur un étang. Chaque jour les nénuphars doublent leur surface sur l’eau. Un premier nénuphar avec deux feuilles, en compte quatre le lendemain. Il faut un temps certain pour recouvrir la moitié d’un étang. Mais pour couvrir la seconde moitié, c’est simple, il suffira d’un seul jour.
La mare noire de sa dépression était immense et les nénuphars très rares. Les psychothérapies n’avançaient pas, jusqu’à l’arrivée d’un infirmier de Psydom. Psy à domicile, il aide ses patients à sortir de chez eux. Il explique qu’en marchant, on facilite la reconnexion des neurones. Chaque mardi après-midi, ils se baladent ainsi tous les deux dans la nature. Les pensées toxiques qui tournent en rond, sont bien obligées d’avancer avec eux. Et leur morsure se desserre parfois en traversant une forêt. La dépression fige et noircit tout, sortir à la lumière plonge dans le changement des saisons, des flambées d’automne jusqu’aux bourgeons inespérés. C’est autre chose que les quatre murs d’un cabinet de consultation. En quatre ans de thérapie en marchant, ils ont creusé une galerie pour sortir de ce trou, centimètre par centimètre. Jusqu’au jour de la mer d’Aral.
Oui bizarrement lent, comme l’adoption d’une loi pour des multinationales enfin responsables, presque aussi lente que la justice fiscale dans le monde. Voire interminable, telles la naissance d’une bonne idée à l’UDC, ou la guérison d’une dépression sévère.
Sortir du fond d’un trou sans fond, voilà le pire du pire pensait-il, et pourtant. Sa sortie du trou s’est passée comme la croissance des nénuphars sur un étang. Chaque jour les nénuphars doublent leur surface sur l’eau. Un premier nénuphar avec deux feuilles, en compte quatre le lendemain. Il faut un temps certain pour recouvrir la moitié d’un étang. Mais pour couvrir la seconde moitié, c’est simple, il suffira d’un seul jour.
La mare noire de sa dépression était immense et les nénuphars très rares. Les psychothérapies n’avançaient pas, jusqu’à l’arrivée d’un infirmier de Psydom. Psy à domicile, il aide ses patients à sortir de chez eux. Il explique qu’en marchant, on facilite la reconnexion des neurones. Chaque mardi après-midi, ils se baladent ainsi tous les deux dans la nature. Les pensées toxiques qui tournent en rond, sont bien obligées d’avancer avec eux. Et leur morsure se desserre parfois en traversant une forêt. La dépression fige et noircit tout, sortir à la lumière plonge dans le changement des saisons, des flambées d’automne jusqu’aux bourgeons inespérés. C’est autre chose que les quatre murs d’un cabinet de consultation. En quatre ans de thérapie en marchant, ils ont creusé une galerie pour sortir de ce trou, centimètre par centimètre. Jusqu’au jour de la mer d’Aral.
Le vendredi c’était art-thérapie. Après des années à découper des images dans de vieux magazines, l’homme parlait enfin de son premier collage. Avec une infinie délicatesse, son art-thérapeute lui a demandé : « Cette épave de bateau, échouée là, c’est un peu vous ? » L’homme répondit « C’est la mer d’Aral, asséchée, on a détourné les fleuves qui la remplissaient. Je suis cette mer, vide, desséché. » L’art-thérapeute a transmis ce premier résultat à l’infirmier, qui allait avoir une idée pour le mardi suivant.
Là il a proposé une sortie en bateau, sur le lac. Des pensées d’angoisse tournaient dans la tête de son patient. Le bateau coulerait, c’est sûr, il ne reviendrait pas. Le lac sera englouti, son corps s’enfoncera dans la vase du fond et bon débarras. Dès le bateau sorti du port, la sensation est montée, inexorable. L’eau, cette eau disparue, l’entourait, le portait ! Le retour fut une nouvelle naissance, un orage soudain, dense, arrosait le bateau. L’eau d’en haut, l’eau d’en bas, l’enveloppaient.
« Comment allez-vous ? » demanda l’infirmier. « Je suis… vivant » répondit l’homme. « Je veux dire, je me sens vivant. » En un seul jour, l’éponge de son cœur s’était remplie de Vie.