Que reste-t-il de nos désirs d’abondance à l’heure de la sobriété? Guérir d’un coup, toute une société, de la compulsion pour sauver la planète ou ce qu’il en reste? Questions abyssales dont nous ne verrons peut-être pas la réponse.
Quelque part dans le monde éco-anxieux, déchiré entre les débris de l’industrie en ruine, du management à la recherche opportuniste d’un nouveau souffle et de l’écologie en désir à pleins poumons, des groupes d’humains, aux allures affairées, se déplacent en hâte. Mais pourquoi donc ce reflet fiévreux dans les yeux? L’intelligence artificielle aiguise ses dents et se frotte les mains. Le virtuel se sophistique et avale le peu de sens de la réalité qui reste.
L’adolescent sautillant sur le chemin de sa maison traversait avec grande précaution une passerelle qui le rapprochait de chez lui. Il chantonnait à mi-voix pour se donner un courage qu’il ne sentait pas au creux de son ventre. Malgré le printemps, excessivement pluvieux, le soir tombait très vite comme un coup d’arrêt. L’obscurité n’était pas propice à traîner les pieds.
Quand je serai grand… rêvait-il pour se donner le change. Ill se demandait pourquoi il devait passer par cette passerelle, fragile chemin pour arriver sur la terre vraiment ferme qui le rapprochait de chez lui. Quand je serai grand, je serai architecte, se défia-t-il. Je construirai un beau pont, bien solide.
Pour conjurer sa peur, il mit son casque sur les oreilles. Une chanson à succès lui résonna dans la tête. « Il y a, là, dans ma chanson, comme un battement. Un rêve d'unisson, un rêve, naïvement. Si tous les Humains sont comme des îles. Qu’une main tendue est une passerelle. Un trait d'union entre deux rives. Un pont tendu entre deux rêves Si on a tous le même désir. On pourrait construire quelques passerelles. Dans un regard, dans un sourire. Un pont tendu entre deux rêves".
Un souvenir lui fit remonter des images de la passerelle arachnéenne du Bisse du Ro en Valais, merveille de construction historique qui préserve le paysage et le patrimoine. Vertigineux rêve d’apprenti architecte.
« La vraie musique est entre les notes », écrivait Mozart dans sa correspondance. Art et philosophie de vie. En effet, c’est le voyage entre une note et une autre qui crée la magie de la musique. Transposé à l’humanité, c’est la force du lien et notre capacité à créer des ponts.
Tisser du lien pour rendre le monde habitable et moins indifférent. L’individualisme le plus dur avec des projets pour améliorer l’humanité. Notons l’incohérence. La confusion de nos valeurs et le méli-mélo des intérêts rend difficile le lien qui épanouisse le vivant au lieu d’asservir.
On crée des Instituts universitaires pour revaloriser les bienfaits de la gentillesse. Ailleurs encore, les écoles créent des cours d’empathie depuis de nombreuses années. Le confort a-t-il ôté aux humains la capacité de s’intéresser à ce que ressent l’autre pour qu’il faille l’enseigner aux enfants. Est-ce un aveu terrible de l’échec de l’éducation par l’exemple?