Hypocrisie

Thème: Le déni du dindon • 12 septembre 2025 • par Anne Grognuz

Samuel était un homme généreux, au cœur tendre. Il avait tout pour lui: une carrière réussie, des amis fidèles et une vie confortable. Cependant, il lui manquait l’essentiel à ses yeux : une femme avec qui partager sa vie. Il la cherchait depuis longtemps et avait essuyé bien des déceptions.

En désespoir de cause, il se tourna vers les sites de rencontres en ligne. Il parcourut des pages et des pages de profils avant d’en trouver un qui l’intéressait.

Il contacta la jeune personne et ils entamèrent une suite de discussions sur le site. Il fut vite conquis. Il attendait le soir avec impatience et recherchait avidement les messages qu’elle lui envoyait en réponse aux siens. Ils étaient sur la même longueur d’onde. Elle se préoccupait de lui, était toujours positive, rassurante, encourageante. Petit à petit, il développa un sentiment amoureux. Elle se mit à lui envoyer des mots doux auxquels il répondait par des propos enflammés. 

Il lui proposa de lui envoyer son adresse mail privée, puis son numéro de téléphone afin qu’ils puissent se contacter hors site. Elle accepta avec enthousiasme. Elle lui téléphona plusieurs fois depuis l’Angleterre. Sa voix le toucha profondément. La première fois, elle glissa qu’elle l’appréciait beaucoup, la fois suivante qu’il était la personne la plus importante dans sa vie et qu’elle ne pouvait plus se passer de lui. Enfin, elle lui déclara qu’elle l’aimait. Il lâcha que lui aussi, il l’aimait. 

L’étape suivante était de se rencontrer. Il avait tellement envie de l’embrasser. Elle affirma qu’elle aussi en avait envie. Ils convinrent d’un rendez-vous. Elle avait envie de venir en Suisse. Comme elle ne pouvait pas payer l’avion, il lui avança l’argent, 250 livres. 

La veille du départ, elle lui téléphona pour l’informer que sa mère étant malade, elle ne pouvait venir. La semaine suivante, elle lui raconta qu’elle n’arrivait pas à payer ses factures de gaz et d’électricité et sollicita son aide financière. S’il pouvait lui envoyer 500 livres, ça la dépannerait. Elle le rembourserait plus tard. Il était tellement amoureux, qu’il passa par-dessus le fait qu’il ne l’avait jamais vue et lui envoya l’argent. 

Deux semaines plus tard, sa mère était décédée et elle ne pouvait pas payer les funérailles. Elle l’implora de lui avancer 4000 livres. L’amour rend aveugle, c’est bien connu. Dans sa tête, elle était déjà son épouse. Il était donc normal de l’aider. Il envoya l’argent sans sourciller. 

Il avait toujours une envie folle de la voir et il l’invita à venir en Suisse chez lui, ce qu’elle accepta avec empressement, mais encore une fois, elle ne pouvait payer son billet d’avion. Il lui envoya les 300 livres demandées.

Trois jours avant le jour J, elle lui annonça qu’elle ne pouvait venir parce qu’elle avait une tumeur au sein qu’elle devait se faire enlever au plus vite.  Elle était dans tous ses états, effrayée par la gravité de son mal et par l’opération à venir. Elle lui exposa son dilemme. Elle pouvait se faire opérer tout de suite à la clinique, mais elle devrait régler le montant de sa poche à l’entrée ou attendre trois mois et aller à l’hôpital public. Follement inquiet pour elle, il lui dit que comme sa vie était menacée, elle ne pouvait attendre. Il fallait qu’elle aille à la clinique. Il l’aiderait. Savait-elle quel était le montant ? Elle avait besoin de 20 000 livres. Elle se ferait opérer le surlendemain. Il était exclu qu’il la laisse traverser cette épreuve seule. Il lui demanda le nom et l’adresse de la clinique pour qu’il puisse aller la trouver le dimanche suivant ce qu’elle accueillit avec joie. Il envoya l’argent et prépara son voyage. Le vendredi, elle lui téléphona. L’opération s’était bien passée. Elle était sauvée grâce à lui et elle se réjouissait de le voir enfin.

 

Le dimanche, tout feu, tout flammes, il se présenta à la clinique et demanda dans quelle chambre se trouvait Mme Warlington. La secrétaire lui répondit qu’ils n’avaient personne de ce nom-là. Estomaqué, il la pria de vérifier encore une fois au nom de Rosemary Warlington, mais non, aucune Mme Warlington n’était venue dans leur clinique. 

Accablé, son cœur en miettes, il comprit enfin qu’il s’était fait duper.

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