Hautes résolutions

Thème: Le parfum des impossibles • 12 septembre 2025 • par Olivier Chapuis

Fumer sa dernière clope, l’écraser contre la semelle de sa chaussure, la jeter dans une poubelle, se rappeler à quel point la toute première bouffée de la journée ou la vision d’un cendrier plein au petit matin pouvaient donner la gerbe.

 

Arrêter diminuer l’alcool. Vider le whisky dans l’évier, offrir les bouteilles de pinard qui tue aux amis, ne conserver que ce nectar couché dans les caisses en bois à la cave.

 

Se lever à l’aube. Commencer par une demi-heure de méditation, trois tasses de thé ayurvédique, un demi-concombre macrobiotique. Sortir dans la brume électrique, vêtu de courage et de laine naturelle. Courir à travers les bois. Ne pas oublier de synchroniser foulée et respiration. Se doucher à l’eau tiède, se frotter la peau à l’aide d’un gant de toilette imbibé de ce savon bio qui coûte quatre bras, mais nourrit l’épiderme comme jamais.

 

Éteindre la télévision. Ne jamais la rallumer.

 

Établir une liste d’objectifs raisonnables à atteindre sur le plan professionnel.

 

Entamer ce régime hypocalorique envisagé depuis des siècles. Dans ce but, divaguer au marché le samedi matin, en quête de produits à peine arrachés de terre ou fraîchement sortis du croupion de la poule. Équilibrer protéines, vitamines, hydrates de carbone et légumineuses. Préférer l’eau de source à l’eau en bouteille, la plate à celle qui fait roter. Renoncer aux sodas, dont la teneur en sucre chagrine le pancréas. Et s’atteler à la confection de pains, pâtes, desserts ou tartes maison.

 

Annuler l’abonnement Tinder. Préférer les rencontres fortuites au café du coin, dans les transports publics ou au club de peinture sur soie – tous les mercredis, de 19 à 22 heures, ne pas oublier d’apporter pinceaux et bonne humeur.

 

Renoncer aux escapades EasyJet pour Londres, Barcelone ou Berlin. Leur préférer de vivifiantes randonnées dans le Jura, pieds dans la mousse et nez au vent, ou les trajets en train destination Berne, Bâle ou Paris, dont les rues drapées de béton et gavées de trafic urbain offrent un suave dépaysement.

 

Craquer.

 

Avaler un steak de cheval aussi saignant qu’un mutilé de la Grande guerre, déboucher un crouille pinard et le boire au goulot, dégeler des barquettes de poissons panés atomiques, réserver un vol Genève-Madrid retour le même jour, balancer les baskets par la fenêtre, allumer une Gauloise, tousser dix minutes, se gratter les couilles devant le match PSG-Lens, zapper la douche, cracher par la fenêtre, se mettre au pieu sans changer de slip.

 

L’argent n’a pas d’odeur, dit-on. Mais l’impossible, lui, peut schlinguer sa race.

 

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