Fin du début, dialogue conceptuel et embryonnaire entre deux formes spermatozoïdales

Thème: Ma tête à couper • 12 septembre 2025 • par Fredy Thévoz

— Ne reste pas là ! C’est trop dangereux de rester si près de la sortie.

— Ah bon, mais pourquoi ?

— T’es nouveau toi, tu ne connais pas la légende ? Si on sort par là, un peu plus loin on se perd et on ne peut plus jamais revenir. Et même, certains anciens racontent que si on va trop loin on peut être englouti la tête la première, et qu’elle se sépare de notre corps. C’est tout ce qu'il resterait de toi si tu t’aventures encore près de cette sortie !

— Mais il y a une sorte de lumière tout au fond, et parfois j’entends comme une musique, c’est peut-être beau non ?

— T’es dingue ou quoi ? Tu veux aller d’où personne ne revient et perdre la tête dans une espèce de monstrueux œuf carnivore ?

— Pfffff moi je m’ennuie ici, c’est pareil tous les jours, on tourne en rond et on voit toujours les mêmes tronches. J’ai besoin d’autre chose, de nouveaux horizons, de m’évader, d’une nouvelle vie même !

— T’es vraiment ouf ! Ici on a tout ce qu’il faut, il fait chaud, deux noix pour s’amuser bien tranquille entre mecs, et tu veux risquer ta vie pour des rêves ?

— Oui, j’en peux plus, tant pis si j’en crève, mais à la prochaine marée je sors. Et si il y a une vie dans l’au-delà, j’y serais plus tôt. Pour qu’il y ait une vie après la mort, il faut bien qu’il y en ait une avant ! Alors je veux vivre maintenant, et si c’est une légende je le saurai. Et toi, pourquoi tu t’accroches autant à ta petite vie, qu’est-ce qu’elle a de si précieux ?

— Je sais pas, les copains, le confort, et ici on mange bien non ? Un tien vaut mieux que deux tu l’auras, et tu l’auras sûrement pas cette deuxième vie de rêve.

— Si tu avais des yeux pour voir cette lueur, là au fond et si tu avais des oreilles pour écouter ces airs à danser… Tu ne sens pas comme un rythme venir de là-bas ?

— Et toi têtard fêtard, tu les as ces yeux et ces oreilles peut-être ? Monsieur sait mieux que tout le monde !

— J’écoute et je vois avec le cœur mon pote, et j’ai besoin de le suivre. Quelque-chose ou quelqu’un de différent m’appelle là-bas. Je risque de perdre la vie et je risque aussi de la trouver. On est libres ici, non ? C’est quoi la liberté si on n’en fait rien ? Je veux essayer au moins. Ce qui me brûle le cœur, c’est qu’il batte juste pour moi. J’en peux plus de mon auto-suffisance, je veux utiliser ma liberté à un truc grand, lumineux, quelque-chose comme… aimer !

— Toi tu nages vers ta fin et tu es ramolli de la cervelle, que tu vas bientôt perdre. Fais comme tu veux, de toute façon tu ne pourras pas revenir nous dire que tu regrettes… Attention, on sent une grosse vague venir, reviens, reste avec nous !

— C’est maintenant ou jamais les amis, c’est la bourse ou la vie, vous avez choisi la bourse en bons spermatozoïdes que vous êtes. Adieu, je pars pour la Vie…

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