Ex-pressions à dormir couché

Thème: Ma tête à couper • 12 septembre 2025 • par François Guichon

-  Non mais tu rêves ? Pas question que tu ailles à ce camp de naturistes avec ce jeune curé. Pour que vous vous baladiez tous nus dans la nature ? Manquerait plus que ça.

-  Mais maman, c’est pas un camp de naturistes, mais de naturalistes. C’est pour nous apprendre à reconnaître les plantes et à savoir leurs pouvoirs.

-  Naturalistes – naturistes, c’est baudet blanc et blanc baudet.

-  Bonnet maman…

-  Quoi bonnet ? Même avec ton bonnet t’iras pas !

-  Non, l’expression c’est bonnet blanc et blanc bonnet, pas baudet.

-  Je m’en fous de ton bonnet. D’ailleurs avec ou sans beau nez, ce curé je lui donnerais pas le bon Dieu sans concession. M’a l’air trop pâli pour être au net.

-  Confession, maman. Le bon Dieu c’est sans confession, pas concession.

-  T’as bientôt fini de me contredire ? Si ça avait été avec le Père Grugeot, je dis pas. Au moins lui on le connaissait, depuis le temps. Mais là, ce jeunot sorti d’on ne saison… Autant mettre un pou dans la bergerie.

-  Sorti d’on ne sait où. C’est comme ça qu’on dit. En fait, il a étudié la biologie à l’Université avant de vouloir devenir curé pour partager sa foi. Pas comme le Père Grugeot qui ne pensait qu’à picoler en douce après la messe !

-  Et moi je te dis qu’un beau gars comme ça en soutane, c’est louche. J’en mettrais ma tête au feu qu’il s’intéresse un peu trop aux jeunes garçons comme toi.

-  A couper, la tête maman. Au feu c’est la main, pas la tête…

-  Ma main, tu sais où je vais te la mettre si tu continues ?

-  Mais maman, tous mes copains vont y aller. J’aurai l’air de quoi moi, à rester là tout seul ?

-  Eh bien, si les parents de tes copains prennent les canards du bon Dieu pour des enfants sauvages, c’est leur problème. Chez nous, quand c’est non, c’est non. Et cochon qui s’en déduit.

-  C’est pas…

-  Quoi encore ?

-  Rien, laisse tomber. 

-  Et si tu veux vraiment étudier les plantes, t’as qu’à éplucher les légumes pour la soupe.

-  Je comprends pas : toi qui insistes pour que je travaille bien à l’école, pour une fois que je peux apprendre des choses qui sont vraiment intéressantes, tu es contre. C’est vraiment deux poids deux mesures.

-  T’occupes pas de mes pois et va plutôt faire tes devoirs.

-  En fait, quand tu dis que tu veux faire mon bonheur, c’est juste le contraire. De la poudre aux yeux pour me faire croire que tu es une bonne mère.

-  Alors là, c’est vraiment l’opinion qui se fout de la charretée. Moi qui me saigne aux quatre-vingts pour te nourrir et t’élever correctement. Voilà comment je suis récompensée. Autant pour mois. A croire que je suis bête à manger du coing pour m’être bercée d’alluvions comme ça. Me voilà Gros Jean comme deux vents.

-  Mais non maman, tu sais bien que je t’aime. C’est juste que tu es parfois trop sévère avec moi et que tu as une façon de parler… un peu bizarre.

-  Bizarre ? Tu as dit bizarre ? Comme c’est bizarre !

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