Ethanols
Thème: Le chant des bulles • 12 septembre 2025 • par Olivier Chapuis
Tolérance zéro
Sevrage intégral, t’enlèves le haut et le bas,
À nu jusqu’à l’os
Écorché, défoncé à l’eau et à la pastille
Qui te fait gerber dès la première goutte.
Oublier le chant des bulles
Les lézards qui rampent le long des murs,
Et ces voix étranges échappées du plafond
Derrière le zinc les litrons s’agitent,
Bientôt transformés en cadavres.
Au pied de ton lit défile la Veuve Cliquot,
Endimanchée, fraîche, humide
Moët & Chandon, Mauler et Laurent-Perrier
Gigotent devant la table de nuit,
Ces dames voudraient te rejoindre sous la couette,
Coucher avec toi,
Mais ton estomac s’y oppose avec la véhémence du dernier hussard valide.
Abstinence deux secondes
Déjà tes os gémissent,
Muscles, tendons, ligaments,
Cellules en déroute, molécules à vif
Oublier le chant des bulles
Les ombres à tes trousses, bancales et griffues
Ces mains qui brandissent chopes et verres ballon
Bois mon ami, nous sommes tous frères d’éthanol
Débarrasse-toi de tes angoisses comme d’une peau trop acide
Sacrifions nos corps et nos années
Étourdis, déglingués, nous rions à gorge délavée
D’avoir brûlé notre jeunesse et affamé notre vieillesse
Abstinence cinq secondes,
Bouche exsangue, regard vitreux,
Au fond du tunnel gémissent les alambics,
Tu vendrais ton frêle Royaume pour une canette.
À l’aube tu émerges,
Cuite sèche, morsure du froid qui assassine ton âme
Tu aimerais te fondre dans les glaces écarlates,
Revenir aux prémices de la vie
Quand le sein maternel t’enivrait goulûment,
Et que tu entendais cette mélodie
Dont tu recherches en vain l’empreinte éternelle
Abstinence dix secondes
Déjà tu regrettes le temps du chant des bulles,
Quand elles murmuraient à ton oreille
Des mots que tu ne comprenais pas