Enfants de la Lune

Thème: Frère(s) de lune • 12 septembre 2025 • par Sima Dakkus Rassoul

Un jour, le Solei et la Lune baîllaient aux corneilles. Un ennui profond s'était emparé d'eux. L'éternité leur pesait méchamment. Toujours jouer son rôle au firmament, chacun le sien, mais la répétition gènère  le cafard, voire la neurasthénie.

N'y tenant plus, le Soleil s'éclaircit la gorge et s'adressa à la Lune:
- le nombre de nos enfants croît et la surpopulation craint. L'ordre du monde peut être menacé et peut-être nos existences mêmes. Ne faudrait-il pas manger nos enfants pour sauver l'univer?
La réponse jaillit aussitôt:
- Quoi? Comment concevoir pareille barbarie? Beurk, je n'ose même pas l'imaginer. Plutôt, si je vous livre chaque jour l'un de mes enfants et vous faites de même avec les vôtres. Ce serait moins douloureux.
- Bonne idée!  Topez-là.
Ainsi se mit en place un rituel qui changea la face du ciel vue de la terre.

Le Soleil fut le premier à offrir l'un de ses fils en pâture à la Lune. Elle ne le mangea pas et l'assaisonna d'une sauce qui le rendait méconnaissable et le réexpédia ad patrem.  Le père, mis en appétit, le dévora tout cru. Il fait ensuite une douce sieste sous son pommier préféré. Le lendemain, l'astre du jour choisit l'une de ses filles bien dodue, attiffée de beaux atours, avec ses salutations distinguées. La lune recommença le même stratagème. Il changea la sauce béchamel par une sauce hollandaise bien épaisse, enduisit la petite en la renvoyant au Soleil avec l'assurance de sa haute considération.

Et ainsi de suite jusqu'à l'épuisement du stock des enfants du Solei. Ce dernier avait bien mangé, bien bu tout en pensant avoir apporté une non négligeable au danger de la surpopulation sur terre. Si sa solitude pathétique y trouva une consolation, il ne s'en vanta pas et nul ne le sut. Pourtant une certaine intensité de ses rayons fait prédire aux savants l'arrivée de réchauffement climatique et les canicules.

La Lune, quant à elle, continue à bercer ses enfants en âge de l'être et raconte aux aînés des histoires édifiantes. Ils se nourrit de concert avec ses enfants de belles verdures et légumes cultivés dans ses cratères. Elle fait ripaille végane entourée de ses enfants. L'astre de la nuit éclaire notre terre auréolé d'innombrables étoiles, clin d'oeil malicieux de ses enfants.

La bêtise serait de conclure, écrit Flaubert. Certes, mais prenons-en le risque. La légende touche au fond même de la langue et de la littérature. "Con comme la lune" est démenti dans la fable. "Menteuse comme la lune", en revenche, renvoie à la visibilité des moments de sa croissance. En forme de C quand elle décline et de D losqu'elle croît. Et l'histoire ne peut le nier dans ce contexte.

Quant à la moralité, elle ne peut que vous appartenir, cher public.

Sima Dakkus Rassoul



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