Dindon, dis-donc

Thème: Le déni du dindon • 12 septembre 2025 • par Sima Dakkus Rassoul


Une odeur de farce flotte dans l’air, ne le sentez-vous pas. Moi, si ! Après des décennies de résistance à être l’objet de risée de moi-même… Moi qui aime tant l’autodérision. Bref, la vie est suffisamment longue pour qu’arrive un cauchemar que l’on n’a jamais osé rêver. Ou que diplomatiquement, l’on a oublié au réveil.

Assez de jérémiades! Pour ne pas vous lasser, je vais vous exposer l’affaire.

D’un point de vue littéraire, un dindon est un ensemble de dinde enrichi du suffixe « don ». Et alors, me direz-vous peut-être. Eh bien parce que ce suffixe donne une dimension d’ironie au mot. Entre parenthèse, la langue italienne utilise beaucoup ces suffixes qui donnent une saveur unique pour l’altération d’un diminutif ou d’un augmentatif.

Voilà qu’une fois de plus, je m’emballe dans mon amour de la langue sans laquelle je ne suis pas sûre d’écrire une seule ligne. Donc, revenons à pourquoi le dindon (le mâle de la dinde) intervient dans cette histoire. En revanche, la précision du genre, si sérieuse dans la culture contemporaine, n’a rien à y voir, comme vous le verrez.

Pour entrer dans le vif du sujet, croyez-vous que certaines personnes soient pratiquement destinées à être dupées ? Je pensais énergiquement connaître le pourquoi de ma réponse négative. Un jour cependant, un soir plutôt – et peu importe que le moment de la journée ait une influence en la matière – je reçus une offre comme il nous arrive souvent. Je ricanais à chaque fois et renvoyais le courriel m’indiquant que telle organisation humanitaire ou autre, avec des noms exotiques, me léguait, pour de larges raisons, tant de milliers voire des millions qui étaient sorties des urnes du hasards à mon nom. Et hop, direction la corbeille électronique.

Mes cheveux poivre et sel frémissent en vous racontant la fin de l’histoire. On m’offrait un Iphone 14 dont je rêvais sans en avoir les réserves. Et soudain je me
tranformai en minette crédule. Le chant des sirènes m’avait enivrée, bien plus que le conseil de Baudelaire dans son poème, Enivrez-vous. Il m’avait fallu un instrument pratique, alors que mon Iphone 7 + me rendait un service précieux depuis des années. Et me voilà le dindon de la farce. Tragique, on m’a piqué – le mot est juste, plusieurs centaines de francs dont la Police m’a promis lors de ma plainte que je n’en verrai pas la couleur.

J'ai écouté les conseils de l’entourage sans même me mettre en colère contre moi-même. Il fallait bien que cela m’arrive après des années de sévère autocontrôle. Et bien plus, j’en ai ri, même si le goût de l’autodérision m’a paru plus pesant sur l'estomac que d’habitude. De dindon, je m’étais transformée à emprunter pour finir le mois.

Baudelaire me console : "Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. Je dirais quand même comme dans la guerre des boutons « si j’aurais su, je serais pas venu ».

Sima Dakkus Rassoul
Dissidents de la Pleine Lune
30 octobre 2023

 

 

 

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