Déchiffrer des êtres

Thème: les pluriels singuliers • 12 septembre 2025 • par Fredy Thévoz

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs,

Avez-vous remarqué cette formule d’impolitesse ? Les damoiseaux ont disparu pour saluer les jeunes et les vieilles filles. Dans sa version rousseauiste, l’homme est bon. Mais dans leur version plurielle grégaire, les hommes sont consternants. Nous vivons tous sous un seul et même Ciel, alors pourquoi des cieux ? Quels cieux ? Le ciel d’un lit au pluriel ? Un lit-ciel, des lits-cieux ? Pas si délicieux, exemples…

Nicole avait insisté pour que les termes coupleS et familleS, dans le cadre de sa fonction de conseillère familiale, se terminent par un S majuscule, car il existe plusieurs sortes de coupleS et diverses façons de former une famille.
Et nous voilà avec plusieurs pluriels. Pourtant, l’Académie avait bien essayé de le simplifier ce pluriel, ainsi en français le masculin l’emporte au pluriel, point barre. Mais nous les hommes avons l’élégance de pratiquer quelques exceptions. Même si nous sommes aussi concernés, nous laissons parfois place et honneur au féminin pluriel :

« Les caissières de la Migros », les secrétaires, les infirmières, les médecins… Ah, n’exagérons pas, on va laisser les médecins au masculin. Non que « médecin » soit plus flatteur qu’« aide-soignante », non, c’est juste qu’il existe des mots sans féminin : Les dictateurs, les despotes, les tyrans, les bourreaux… oh là, mauvais exemples. Soyons plus réalistes, avec de vrais purs masculins comme : Les génies, les inventeurs, les maestros, les architectes, les peintres, voilà. On aimerait les féminiser, on a même essayé, mais voyez avec « les gouvernants », on pense de suite aux valeureux hommes d’états. Alors qu’avec « les gouvernantes », on est plutôt dans l’hôtellerie, n’est-ce pas ? Quant au « don juan », il se métamorphose en… salopes, voir en cougars, l’âge aidant. Mais ouf certains pluriels, pour de mystérieuses raisons, n’ont pas de masculin. Prenez « les ménagères », « les esthéticiennes » ou « les cuisinières ». À la rigueur, pour « esthéticiennes » on aurait les « esthètes ». Mais pour les cuisinières ? il y a bien le… cuisiniste, lui qui accompli la noble tâche de construire la cuisine. Sinon, ceux qui règnent sur la cuisine se nomment les chefs ! Chef étoilé ou Top-chef, comme vous préférez.

Oui, les hommes manquent singulièrement d’humilité. C’est pourquoi les sages-femmes restent au féminin. À la vertu de sagesse, on a préféré le masculin de « maïeuticiens », provenant de « matrice ». Socrate définissait la maïeutique comme l’art de faire accoucher de paroles de vérité. C’est là que l’on retrouve notre amie Nicole, dans sa façon d’être, comme dans sa vocation, elle est une maïeuticienne, et une femme sage. Sage et sensible, sensible au Vivant, pluriel.

Newsletter

Recevez chaque mois les textes directement dans votre boîte mail.

S'ABONNER