D'échéances en déchéances
Thème: Le présent n'est pas un cadeau / Où sont les preuves ? • 12 septembre 2025 • par François Guichon
Mon présent n’en est que plus dur à supporter et c’est avec réticence que j’aborde avec vous mon passé, tant son évocation m’est en comparaison douloureuse. Issu d’une lignée de Richter traditionnellement libérale, je n’ai eu d’autre choix pour mes études que le droit ou la médecine. Peu enclin à m’apitoyer sur mes congénères malportants – les bienportants étant déjà suffisamment pénibles – j’optai volontiers pour la rigueur et la sécheresse du droit. Aussitôt, je m’y révélai très à l’aise, virevoltant parmi les articles du Code pour éclairer les faits d'une lumière avantageuse pour mon point de vue.
Rapidement et brillamment nommé au poste de juge - auquel mon nom me prédestinait - je gravis allègrement les échelons de la justice puis, spécialisé dans le droit international, j’acquis bientôt une notoriété européenne, à tel point qu’en Allemagne les médias me surnommaient affectueusement « Der Richter ». J’orientai ensuite ma carrière vers le métier d’avocat, moins prestigieux mais plus lucratif. J’y défendis avec succès de démoniaques mais richissimes escrocs internationaux, ce qui n’accrut que passablement ma notoriété mais considérablement mon compte en banque.
La cinquantaine passée, quelque peu lassé par le barreau, je décidai de viser plus haut et de me lancer dans les échelles. Le succès ne se fit pas attendre et mes différents modèles devinrent en quelques années des références mondiales. Mais tel Icare, je voulus hélas atteindre des altitudes encore plus élevées en concevant une échelle dont le succès ferait trembler le monde. Ce projet, probablement trop ambitieux, causa ma perte et la faillite de mon entreprise. Le scandale en fut si retentissant que mon nom est désormais associé à jamais à cette catastrophique échelle.
Depuis je vis comme un pestiféré, systématiquement rejeté de tout poste à hauteur de mes compétences, comme si l’échelle de l’ascension sociale était désormais amputée de ses barreaux inférieurs. Aussi, je prie chaque jour pour qu’un séisme d’une amplitude inouïe mette fin à ma triste existence, dont la portée est laissée à votre jugement éclairé.