D'ailleurs et d'illusions

Thème: Vagabondage(s) • 12 septembre 2025 • par Fredy Thévoz

Certains veulent bouger, voyager, découvrir, explorer. Ils sont migrants, errants, marcheurs ou aventuriers de la vie.
Moi je n’en fais pas partie. Je ne vagabonde que dans la pensée. Mon seul véhicule, ma seule fusée, c’est mon canapé et mes seules sorties sont pour mon balcon, avec vue sur les étoiles.

Bien calé au fond de ce canapé, avec deux ou trois trucs sans batterie, sans touch-screen, juste de vieux objets déconnectés, garantis à vie, confectionnés avec des pages et un peu d’encre noir, ils tiennent dans la main, s’ouvrent et se parcourent sans fin. Je vais vous raconter l’un de mes préférés.
Ne bougez pas, restez là, on va décoller. Celui-là parle d’astronomie en gardant les pieds sur terre, cette Terre, elle qui nous porte et nous supporte, encore un peu. Elle qui tourne rond, une fois par jour, ou presque, c’est selon. Elle tourne aussi autour d’une étoile, à la jolie vitesse de 30 km par seconde. Si le temps existe, car les ans ne sont que des voyages autour du soleil ! Et ce soleil, avec son système et nous dedans, parcoure 230 km chaque seconde autour de la Voie Lactée, notre galaxie, lancée à 600 km par seconde dans l’univers.

Là, on pourrait avoir un petit vertige ? À côté, les montagnes russes, oubliez ! Elles sont russes car dans ces pseudo-montagnes, il n’y a pas plus de hauteur et de profondeur, qu’il n’y a de cœur dans la poitrine d’un Poutine. Si vous voulez le vrai Lunapark, la fête foraine ultime, l’attraction sidérale sidérante, attendez un peu. Dans quatre milliards années nous aurons droit au grand frisson intergalactique, celui de la rencontre entre notre Voie Lactée et la galaxie d’Andromède. On mélangera nos centaines de milliards d’étoiles dans un joyeux tohu-bohu. Croyez-moi, ce jour-là je serai sur mon balcon pour contempler le spectacle. Oui, il faudra patienter un peu dans l’éternité, c’est juste que notre galaxie se traîne dans cet univers en expansion, et se rapproche seulement à trois-cent mille kilomètres-heure d’Andromède, notre plus proche voisine.

Il y a des rêve-petits cosmics, d’arrogants prétentieux, vivant dans l’illusion d’accomplir de grands voyages vers la planète rouge, pour faire Mars Great Again. Ces pseudo-astronautes auto-proclamés, aux sauts de puces et aux cerveauX de la même espèce, ne verront d’astre que leur désastre, et d’étoile que celle de leur mégalo de caniveau. Notre vrai vaisseau spatial, est cette planète bleue, unique, infime, juste revêtue de l’air que l’on respire ensemble. Alors moi, je reste immobile, bien accroché à mon canapé, pas bouger, pas bouger, surtout pas bouger…

p.s.
Quelque-chose cloche, depuis le début de cette lecture, sans bouger de cette chaise, notre Terre a parcouru cent-cinquante-mille kilomètres dans l’espace…

Alors peut-être, est-il encore possible d’aller vers les plus belles rencontres. En vagabond de l’amour, mystique, mi-raisin, mi-fugue, mi-raison, aller vers toi et rester là… toi sous mon ombrelle, moi sous ton nombril, immobile fulgurant, figé fugace, inerte sidéral, minéral volatil, nous voilà arrivés, et partis d’ailleurs.

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