Cru ou pas cru ?
Thème: Vol au-dessus d'un champ de colza • 12 septembre 2025 • par Anne Grognuz
Il téléphona au 117 et tomba sur un répondeur automatique. Il laissa un message succinct sans mentionner le mot "extraterrestre" de peur qu’on le prenne pour un doux illuminé. Face à la menace, il était livré à lui-même. Il lui fallut un moment pour se calmer. Il réfléchit. Il lui fallait une preuve. Il entrouvrit à nouveau ses volets et prit une photo avec son iPhone. Elle n'était pas de qualité suffisante, car il était trop loin. Personne ne le croirait s’il la montrait.
Il descendit au garage et prit son drone. Comme il était petit et silencieux, il espérait qu’il pourrait le faire approcher suffisamment près pour que ses photos soient nettes. Il sortit de chez lui par derrière. Il fit décoller l’engin et lui fit faire un détour afin que sa maison ne soit pas repérée comme étant son point de départ. Il manoeuvra de façon à lui faire survoler le colza au raz des cimes florales. Il le fit approcher lentement en prenant plusieurs photos. Il le stoppa à environ 100 mètres de l’appareil et enregistra un film.
Soudain, celui-ci se mit à tourner plus vite, s’envola et disparut rapidement. La caméra du drone avait enregistré l’envol, mais n’avait pas suivi la trajectoire. Il visionna ses photos sur son smartphone. On voyait nettement le vaisseau extraterrestre. Ça ferait l’affaire. Un sentiment de satisfaction intense l’envahit. Sur cette base, on le croirait. Il fit une sauvegarde sur une clef USB.
Le téléphone sonna. C’était la police. Il raconta son histoire. Il sentit à leurs réactions qu’ils étaient sceptiques. Ils n’avaient personne à envoyer à son domicile. Agacé, il prit sa voiture et alla à la gendarmerie où il exposa son affaire en montrant ses photos et son film. On lui demanda de laisser son iPhone pour l’enquête, on le remercia poliment et on le pria de rentrer chez lui.
Le lendemain matin, on sonna à sa porte. Deux gendarmes lui demandèrent de leur montrer le lieu où il avait vu l’engin. Il leur indiqua le champ de colza. Ils lui rendirent son téléphone et ils demandèrent à vérifier son drone, son ordinateur et ses disques durs externes où ils effacèrent ses photos et son film sans oublier la mémoire cache. Ils lui ordonnèrent de ne parler de ce qu’il avait vu à personne. C’était un secret d’Etat. Et s’il n’avait pas appelé la police?
Tout était effacé, mais il lui restait sa clef USB, oubliée dans sa poche. Il la garderait en souvenir, soigneusement cachée.