Il y a bien quelques années, j’ai vécu un épisode bref, mais réellement difficile de ma vie.
J’ai épousé, en deuxième mariage, un homme que j’aime vraiment beaucoup.
Mais il n’a pas la faculté de plaire à tout le monde. Peu de mes amis ont accepté sans une remarque que j’épouse un homme de couleur.
Tant que nous vivions ensemble, amants un peu feux follets, personne n’y trouvait à redire. Au contraire, beaucoup de mes copines aimaient venir avec nous dans les fêtes africaines organisées à Lausanne. On y dansait à n’en plus pouvoir, on s’amusait. Beaucoup.
Mais le jour où j’ai dit que nous allions officialiser notre couple, j’en entendu plein de :
- Tu es sûre ?- Tu as bien réfléchi ?
- Mais pourquoi ? vous ne voulez pas des gosses quand même ?
Et j’en passe…
Nous vivions déjà ensemble et pour moi, effectivement la chose n’était pas obligatoire, mais pour lui cela changerait et de beaucoup sa situation pour obtenir un bon job !
Une année après, arrive le moment de remplir notre déclaration d’impôt … et le cumul de nos deux salaires a changé notre revenu bien évidemment.
J’ai été très suissesse dans le bon règlement de ma taxation, lui non.
Et NOUS NOUS trouvons donc avec un retard important à payer.
Je décide donc d’aller au guichet des impôts pour trouver une solution de payements échelonnés.
Mal m’en pris.
Le fonctionnaire qui était là, m’a regardé avec un tel mépris avant de me dire :
- Mais Madame, lorsqu’on épouse un noir, on assume !
J’ai eu l’impression que mon sang se vidait de mes veines… je suis sortie sans un mot !
Maintenant, j’arrive chez moi, pleine de rage, de hargne, de colère contre ce gros con raciste à qui je n’ai pas su répondre ce qu’il méritait…
Je jette mes clés dans le petit panier à l’entrée, j’arrache plus que j’ôte mon manteau et je vais me rafraichir à la salle de bain. Ma tête bouillonne.
L’eau fraiche coule, je fais un bol de mes paumes bien rapprochées et je me gicle cette eau sur le visage.
En levant les yeux…là, devant moi dans le miroir, je ne me vois pas !
Qui est cette femme aux yeux noirs de colère en face de moi. Où sont mes yeux bleus ?
Ma bouche crispée, presque tordue de haine, ne dessine qu’un mince trait sévère.
Je vois une femme furibonde, mais laide ! Si laide !
Je ne la quitte plus des yeux. Je la fixe à travers la buée du miroir. Quelle harpie !
Respirant très profondément en essayant de me calmer, je sens que l’intérieur de cette femme se détend peu à peu et l’image change, les traits s’adoucissent et le noir redevient bleu…
Mon image est là, mes yeux peuvent alors se laver avec de vraies larmes et faire disparaitre de mes pensées cet affreux type fachiste.
Dès ce jour, c’est par courrier, puis courriel que j’ai correspondu avec le service des impôts, non sans avoir nommé par écrit tout ce que je viens de vous raconter.
Je n’ai jamais reçu d’excuses, mais des tranches à payer… raisonnables !