Coup de colère

Thème: Un grand moment de solitude • 12 septembre 2025 • par Denise Campiche

J’en avais marre ce matin… marre de tout et de tous !

Ma fille trainait dans la salle de bain en hurlant dans son téléphone après son interlocuteur lui disant qu’il n’était qu’un zombie incapable …et que zut, elle n’avait rien à faire de lui !

Mon mari rouspétait qu’il n’y avait plus de cenovis.  « - c’est quoi cette baraque… » !

Le petit cadet pleurait qu’il ne trouvait pas ses baskets et qu’il avait la zym aujourd’hui !

Le chien haletait parce qu’il voulait sortir.

- Va vite sortir Zumba Charly s’il te plait !
- Pas le temps faut que je file…à ce soir !

Un baiser qui ressemble à un picotement de moineau sur ma bouche.

Et hop, mon époux disparait, me laissant comme toujours avec ce petit monde d’insatisfaits perpétuels.

Je dois sortir le chien, mener les enfants en classe, ranger le petit-déjeuner et être au boulot dans …quinze minutes !

J’appelle le secrétariat de mon job et dis que j’arriverais en retard.

- Tu ne peux pas Monique il y a la grande réunion mensuelle !

Alors là j’ai craqué.

- Désolée, je ne serais pas là !

J’emmène les enfants dans leur collège respectif, mets Zumba dans le jardin pendant que je range la vaisselle et je pars marcher dans la réserve des Grangettes.

Sans culpabilité !

Arrivera ce qui arrivera !  Je ne veux plus être une zozote au service de ces Messieurs-dames !

Ce soir je vais mettre cela sur le tapis et il faut que les choses changent !

Pour l’instant j’avance d’un bon pas dans ces chemins arborisés.

Après une bonne heure de marche colérique, je me calme et m’assois sur une souche.

Le silence est palpable.

Ma respiration devient ample, mes yeux s’ouvrent, je ressers mes omoplates, je sens mon plexus se dilater, mon nombril essaie de caresser ma colonne vertébrale ! Que je suis bien !

De petits oiseaux zigzaguent avec plaisir dans le ciel, en chantant pour rejoindre leurs congénères

Du regard je cherche un endroit où me blottir, appuyer mon dos, me faire consoler par dame nature.

Et je trouve, loin des éventuels regards d’autres promeneurs, un coin juste fait pour moi.

De hautes herbes folle me protègent. Un tronc m’offre la forme du creux de mes reins.

Avant de m’asseoir, je prends le bouleau dans mes bras pour le remercier de son accueil. Je colle mon oreille contre son tronc et je le sens battre, je sens sa sève couler, vivre, vibrer.

Puis je m’appuie contre l’arbre, demande aux insectes de ne pas me chicaner et…m’endors, pendant une bonne vingtaine de minutes.

Quelle sérénité, quel bien-être !

Ce silence éloquent est si apaisant.

Et dans le calme, là, je peux mettre des mots à mon mal-être et préparer un peu dans ma tête ce que je vais expliquer aux autres ce soir, ce que je désire avidement changer dans notre système familial.

Ces zouaves ne vont pas gâcher le reste de ma vie quand même !

 

2800’   Denise, les Dissidents de la Pleine-Lune de Vevey. Mai 2




 

 

 

 

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