Il faisait beau. Les élèves auraient préféré aller jouer dehors plutôt que de subir une leçon d’orthographe sur le pluriel. C’était à la fois ennuyeux et difficile. Ils venaient de réviser les exceptions du pluriel des noms en "ou, al, ail, eu, au, eau". Ils les avaient déjà apprises et pourtant, à part la fameuse suite "bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou et pou", aucun n’avait pu donner les exceptions concernant les autres graphies. La maîtresse leur fit écrire une carte mentale comprenant ces listes. Lorsqu'ils eurent terminé, elle leur annonça qu’elle lançait un concours. Il existait bien d’autres bizarreries qui sont autant de chausse-trapes lors des dictées. Elle leur demanda de chercher un mot qui avait un pluriel bizarre. Ils devaient l'inclure dans une phrase qu'ils présenteraient à la classe le lendemain. Celui qui aurait trouvé le pluriel le plus bizarre recevrait une branche de chocolat.
Le lendemain, les écoliers se réjouissaient à l’idée d’épater leurs copains. Ils étaient excités et impatients. Leurs trouvailles étaient à la hauteur des espoirs de leur maîtresse. Elle écrivit chacune des phrases énoncées. Elle les leur fit analyser afin de procéder à un premier tri.
Voici les propositions retenues :
1) Je n’ai reçu aucune nouvelle de lui.
2) A la maternité, les nouveau-nées s’étaient endormies.
3) Les quatre portemonnaies étaient sur la table.
4) Ce matin, nos réveille-matins n’ont pas sonné.
5) Deux chasse-neiges passent devant chez nous avant six heures.
6) Nous avons commandé quatre Pepsi et trois Perrier.
7) Mon frère a choisi des chaussures jaune fluo.
8) Nous n’avons pas oublié nos appareils photo.
9) Elles portaient des pulls crème, des pantalons indigo et des manteaux bleu marine.
10) La semaine passée, j'ai reçu deux cinq.
Comme toutes ces phrases comportaient des bizarreries et qu’il lui était pratiquement impossible de trancher en faveur de l’une d’entre elles, l’enseignante organisa un vote. La palme fut remportée par la phrase numéro cinq. Elle leur expliqua que les Académiciens, lorsqu'ils avaient rectifié l'orthographe, avaient décidé de ne plus tenir compte du sens lors de la formation du pluriel des noms composés. Le nom qui suit un verbe doit porter la marque du pluriel, même si ça nous choque.
Comme les élèves avaient tous bien travaillé, chacun eut droit à une branche de chocolat et le vainqueur en reçut deux.
Cette leçon avait durablement marqué les esprits et servit de référence pour la suite.