Clash en classe

Thème: Guide égaré • 12 septembre 2025 • par François Guichon

Une ultime provocation, l’humiliation de trop, avaient provoqué la « disparition » de Martial. A ce jour personne ne sait où il se trouve, ce qu’il fait, ou même s’il est toujours vivant.

Enseignant passionné depuis plus de trente ans, Martial avait toujours su captiver ses élèves par l’enthousiasme et la créativité qu’il déployait pour leur distiller ses connaissances – et accessoirement ses valeurs. Tâche délicate quand on a affaire à des pré-adolescents ballotés entre puberté bourgeonnante et désorientation scolaire, mais qui avait été jusqu’alors le moteur de la vie de Martial.

Cependant ces dernières années, il avait nettement senti fléchir sa capacité à retenir l’attention de ses élèves, soit qu’avec l’âge il mît moins d’entrain à pédagoger, soit que la concurrence des smartphones et de leurs écrans hypnotiques le laissât complètement démuni. Une sourde colère, nourrie de désillusions et d’impuissance, avait progressivement grandi en lui sans qu’il en prenne vraiment conscience.

Et quand ce matin un élève avait, malgré plusieurs remontrances, persisté à fixer son téléphone, s’esclaffant à Dieu sait quelles blagues, la fureur avait pris Martial au dépourvu et au beau mitant d’une phrase. Lui à qui il suffisait d’ordinaire d’élever un tant soit peu la voix pour se faire obéir, s’était vu saisir l’élève récalcitrant par le revers du col et littéralement le trainer hors de la classe, jetant au passage son smartphone par la fenêtre. Les autres élèves, médusés ou terrorisés, n’avaient pas oser réagir.

La réaction de la direction ne s’était pas fait attendre. En fin d’après-midi le doyen convoquait Martial dans son bureau où l’attendaient la directrice – visiblement hors d’elle-même – et le couple de parents drapés dans leur colère outragée. Sans même attendre une quelconque explication de son enseignant, la directrice déversa sur Martial un flot de reproches – en partie totalement infondés – et exigea de sa part des excuses complètes, immédiates, et…et…définitives !

Martial la laissa finir de s’égosiller et tandis qu’elle reprenait son souffle après sa démagogique péroraison, il lâcha d’un ton calme, fixant les deux parents dans les yeux :

-        Il n’en est pas question. Je m’attendais plutôt à des excuses de la part de votre fils. Mais son éducation reste semble-t-il à compléter. Sur ce, je vous souhaite le bonsoir.

Laissant ses interlocuteurs bouche bée, Martial quitta le bureau, refermant la porte derrière lui sans même la claquer. D’un pas tranquille et assuré, il rentra directement à pied chez lui. La colère qui le rongeait depuis quelque temps s’était subitement évanouie au moment où il sortait du collège. Il sélectionna quelques affaires qu’il entassa dans un sac à dos, laissa son téléphone et ses clefs – désormais bien inutiles – et tourna définitivement le dos à sa vie antérieure.

Désormais, il marcherait droit devant lui, sans autre but que la découverte du chemin, appréciant à chaque pas la liberté que procure le dénuement total.

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