C'est de l'amour.

Thème: Je vous parle d'un temps... • 12 septembre 2025 • par Matthieu Monney

“Je” qui est-il, ou elle, ou iel ? Qui le sait encore, car “Je” a tant servi ?

Un gentilhomme, une gentille dame, un héros, un salaud, un saint, une catin ? 

Ego sum, je l’assume ! Les délirants ne sont pas toujours ceux qu’on veut nous faire croire. Et chacun d’exhiber son trophée :

- qui une femme nue dans une robe transparente,

- qui un minuscule chihuahua dans le creux de sa main,

- qui un gosse de 4 ans au prénom imprononçable, juché en permanence sur les épaules de son père.

“Vous”, l’insaisissable objet du désir, l’inconnu au coin de la rue, la voisine de palier, rendez-vous manqué avec le persona qu’on traque sans trêve sur les rives de sa vie, de ses vies, fictionnelles ou personnelles, peu importe. 

“Vous”, c’est toi, c’est moi, ces reflets infinis de miroirs inversés, ces faux-semblants, ces mots aux pouvoirs secrets.

“Vous” Les foules sentimentales, les peuples engagés qui servent à l’autre bout du monde, ceux qui courent se mettre à l’abri des bombes.  

Et ce “Vous” s’exclusive chez ceux où l’on ne tutoie pas, monsieur, on ne tutoie pas.  

Quand “Je” vous dit : je vous parle, est-ce que ça vous parle, est-ce que “Vous” l’écoute, quand “Je” lui parle ? Est-ce que quelqu’un l’entend encore, cette voix cassée, presque inaudible, d’avoir trop chanté dans les beuglants “la vie en rose !” 

Quand “Je” vous dit qu’il “Vous” parle, c’est façon de parler !

D’un, que “Je” devrait écrire en majuscules, en gras, en lettres énormes UN, dans le sens d’unique, de mémorable, à inscrire dans les annales, à marquer d’une pierre blanche. 

“Et s’il n’en reste qu’un, “Je” sera celui-là.” Comme l’a si bien écrit Hugo, de son prénom Victor, dans son recueil Les Châtiments, ceux qu’il aurait bien voulu infliger à son ennemi juré, l’empereur Napoléon III, fossoyeur de cette République qu’Hugo idolâtrait tant. 
 

Alors vient le Temps, temps passé qu’on n’a plus, temps présent qu’on gâche, temps à venir qui promet le meilleur, temps qui use, temps qui rend sage en nous limant les dents, mais aussi temps de chien, pauvre chien, un temps à se luger sur les pentes de Sauvabelin…

Les chiens, justement, avaient hurlé, à l’aube de ce jour mémorable du 17 février 1985. Il avait tant neigé que les veilleuses de nuit n’avaient pas pu quitter l’hôpital, et qu’un traîneau tiré par les Huskys, avait amené devant la porte, une femme prête à mettre au monde. 

“Je” vous parle d’un temps que ses petits-enfants ne peuvent pas connaître, un temps où les téléphones avaient des fils, où les légumes et les fruits avaient du goût, et notre vie aussi ! 

“Je”, superbe, demanda : “”On se connait ?”
“Vous”, suprême, répondit : “Pas encore, pourquoi ?”

Et vint le temps où “Je” et “Vous” finirent par être “Nous”, à l’image de ces couples d’amoureux transis : Roméo et Juliette, Cléopâtre et Marc Antoine, le cygne et sa femelle, sans oublier Pascal et sa Lucie.

Parce que finalement, le temps, c’est de l’amour !

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