Ce jour-là
Thème: C'est au pied du mur... • 12 septembre 2025 • par Madeline Demaurex
On est descendus en cortège le long de la route, on a pris la direction du hameau qui domine le lac. Entre mes bras, une urne en bois. Légère. Voilà à quoi il est réduit maintenant. Son grand corps pesant dans cette petite boite. Sa vie débordante et cette matière inerte sous le couvercle. Sa vie d’avant si dense et si dérisoire ici, sur mon ventre. On est arrivés devant le mur qui ourle le sentier et la vigne en contrebas. On s’est arrêtés.
Je me suis penchée vers l’endroit que j’avais repéré, juste là, au pied du mur. J’ai lancé la première poignée. J’ai pensé à ce film où les protagonistes, perchés sur une barque, larguent des cendres que le vent leur renvoie au visage… J’ai eu un peu honte de l’intrusion de cette pensée, en un moment que j’aurais voulu solennel. J’ai répété mon geste et je me suis dit que ça allait être fastidieux, poignée, par poignée. Alors j’ai changé de technique en inclinant l’urne au-dessus du mur et les autres ont fait de même après moi.
J’ai regardé entre les souches, la terre avait changé de couleur. J’ai souhaité une pluie douce — de la neige peut-être — qui marierait le noir et l’anthracite. Une pluie qui se gorgerait des nutriments et les conduirait jusqu’aux racines des plantes.
Voilà, c’est fini. Un air de guitare, une chanson, une rose jetée au pied du mur.