Caresses
Thème: J'ai aimé des endroits où secrètement le soleil se laissait caresser • 12 septembre 2025 • par Madeline Demaurex
Face au lac, un théâtre à ciel ouvert. Des chaises pliantes dépliées, leurs traverses mouillées par l’orage de la nuit. Un parterre de gravier, des rangs désordonnés. Des sièges rajoutés, strapontins des derniers arrivés. Dans les travées, cabas et casques de cyclistes. Têtes blanches, têtes rasées, rastas, foulards, cheveux au vent. Lainages ou tatouages. Longues jambes bronzées ou pantalons flottants.
À côté de moi, une femme a sorti son tricot. J’ai tiré de mon sac le petit thermos bleu et le gobelet de céramique. Chouquettes et café noir dans le plaisir de l’attente.
Derniers réglages sur le ponton, photographe en embuscade, ombres chinoises sur le lac. Premier tableau.
Le soleil attendait. Quelque part sur mes épaules, il me semblait le percevoir. Pas encore tout à fait là, il s’est laissé effleurer par les vibrations de la contrebasse. Je l’ai senti s’étirer dans le petit jour, surpris par le chant de l’instrumentiste. Une voix gaie et acidulée. Une caresse impertinente.
La clarinette a pris le relais. Quelques notes claires qui chatouillent, d’autres plus sourdes, à peine audibles. Une caresse à rebrousse-poil.
Derrière les nuages, le soleil a hésité. Il s’est laissé picorer par le bec des moineaux, envolés des platanes, là, juste devant nous. De cour à jardin, une moinelle a griffé le fond de la scène. Caresse furtive, caresse de plumes. Le soleil a frémi.
La contrebassiste a saisi son archet. D’un geste souple, elle a balayé les cordes. Une caresse plus lente, une caresse voluptueuse.
Le soleil se laissait faire. Comme à regret, il s’est décidé. Il a filtré entre les jalousies des nuages.
Applaudissements. Révérences. Salut du soleil.