Bric-à-brac

Thème: Ma tête à couper • 12 septembre 2025 • par Pierre Jean Ruffieux

Bonjour les amis ! Je commencerai mon exposé de ce jour en citant mon vieil ami Gotlib. Paix à son âme ! Dans une rubrique consacrée au pélican, il affirmait dans les années soixante déjà : «Je suis sûr que vous ne savez rien du pélican. Moi-même, je veux bien être pendu si je  possède le moindre soupçon d’indice d’information concernant ce rongeur.»




Dans le même esprit, je vous entretiendrai aujourd’hui d’une expression française qui vaut le détour. Je donnerais ma tête à couper qu’à l’énoncé de ma thématique, tous vous penserez à Richard Strauss. Je ne parle pas de la dynastie des Strauss valseurs, mais bien du compositeur inaudible qui a commis entre autres un opéra à la gloire d’une princesse antique nommée Salomé. «Apportez-moi la tête de Jean sur un plateau» s’y écrie la garce dans son meilleur allemand avec force contre ut et roucoulades. Le plus terrible est que son père le roi lui obéit sans broncher. Le temps m’étant compté, je n’en dirai pas plus sur cette œuvre indigne et immorale, car cela risquerait de nous égarer trop loin de notre sujet. Comme je n’aime pas ce peintre, je m’abstiendrai aussi de parler des tableaux, bien connus de vous, que le Caravage a dédiés à cette décollation.




L’énoncé «ma tête à couper» date de la nuit des temps. «La nuit des temps», voila une formule langagière qui mériterait qu’on s’y attarde si nous n’avions pas d’autres chats à fouetter. «D’autres chats à fouetter». L’origine de cette expression reste obscure. Selon Stéphane Bern, elle apparaît au 17e siècle, quand fouetter signifiait aussi exciter, et sa connotation sexuelle ne ferait aucun doute au même titre que celle de la formule «un chat est un chat». Mais revenons à nos moutons, comme l’a écrit maître Pathelin en 1485 dans la pièce de théâtre éponyme dont nous parlerons peut-être lors d’une prochaine causerie.




Je donnerais ma tête à couper. Je mettrais ma main au feu. Je veux bien être pendu. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer. Combien riche est la langue française quand il s’agit d’affirmer sa bonne foi ! Combien courageux est l’être humain qui, pour être cru d’autrui, est prêt à mettre son intégrité corporelle et même sa vie dans la balance. A cet égard, il est difficile de ne pas citer René Fallet dans Paris au mois d’août : «Huit millions, mon pote, huit millions, qu’on me les coupe si je mens !» Vous remarquerez au passage que la sexualité fait ici retour par les failles les plus inattendues de la langue.




Ma tête à couper. J’aurais désiré appuyer mon propos d’aujourd’hui sur un corpus consistant de citations littéraires, mais je suis revenu bredouille d’une longue errance dans les méandres de la toile. Presque bredouille pour être précis. En me promenant du côté de Versailles, j’ai découvert qu’un scripteur anonyme et apocryphe faisait partie de la garde rapprochée de Marie-Antoinette Josèphe Jeanne de Habsbourg-Lorraine, née le 2 novembre 1755 à Vienne en Autriche et morte guillotinée le 16 octobre 1793 sur la place de la Révolution à Paris. Ledit scripteur affirme dans son journal intime, auquel j’ai eu accès par miracle, que ladite reine, ce matin-là, clama haut et fort en buvant sa dernière tasse de café : «Je donnerais ma tête à couper que je n’en sortirai pas vivante.» Vous imaginez bien que personne n’osa rire de la plaisanterie royale. Certains pensèrent même qu’elle devait avoir perdu la tête pour se fendre d’un trait d’humour dans des circonstances historiques si humiliantes pour la couronne.




Voilà. Je pense que nous avons fait le tour de la question qui nous taraudait l’âme aujourd’hui. La semaine prochaine, nous nous intéresserons aux mœurs sexuelles complexes et exotiques de la coccinelle domestique.

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