blessure d'amitié

Thème: Potable ou papotable • 12 septembre 2025 • par Ana Maria Vidal

Blessure d’amitié

Le temps passe et Juliette constate que la blessure ne s’est pas encore complètement effacée. De temps en temps, quand un élément ravive le souvenir de cette amitié, et que ça coince, elle s’adresse à voix basse des réflexions raisonnables, des justifications cohérentes. Oui, chaque personne vit son propre film, et c’est fort inutile de vouloir que tout le monde soit face au même écran, pour toujours ! Puis, les films, ils ont un début, un déroulement et une fin. C’est comme ça que de nouveaux films vont se créer, dorant la vie de ses multiples parures.

Son coté raisonnable produit des accalmies bienvenues. Surtout qu’il n’y a jamais eu de conflit. Simplement, une distance c’est creusé, comme si c’était inévitable.Puis, soudain, une vague de nostalgie se déferle et fait remonter à la surface cette douleur qui touche sa zone sensible : la blessure d’abandon.

Cette blessure lui appartient. A chacun ses propres cicatrices. Même si ça fait longtemps qu’elles ne saignent plus, la zone reste sensible, faut pas tellement y toucher…

Et puis, il y a le silence. Quand elle croise son amie, chose qui arrive de moins en moins souvent, en apparence c’est comme toujours. Les échanges se font avec de grands sourires, même si pour Juliette ça sonne faux. Elle ne retrouve plus la profondeur ni l’authenticité des temps passés. Elle perçoit en son for intérieur un silence qui lui empêche d’exprimer son ressenti. 

Ils sont de plus en plus loin jours où elles partageaient leurs réflexions, leurs questionnements leurs découvertes avec des mots vibrants. La conversation devenait un creuset d’où émergeaient souvent des pépites d’or qui les surprenaient, et surtout, elles sonnaient juste. Elles relançaient la motivation à continuer l’exploration du vaste univers que constitue l’humain. Elles étaient le fruit de ce tissage fertile à deux voix, un terreau arrosé par l’authenticité de chacune dans sa quête personnelle.

Le plus souvent, cela avait lieu autour d’une table, face à deux tasses de thé. Les deux amies avaient fini par baptiser ces moments de « papothage ». En effet, papo-thé-r autour d’un thé était devenu un ingrédient indispensable pour faire le point sur leur propre cheminement.

Puis l’intensité des échanges s’est progressivement estompée. Leurs chemins se croisaient de moins en moins souvent. C’est là où le bât blesse pour Juliette. Elle a vu son amie s’éloigner, trouver d’autres interlocuteurs et papo-thé ailleurs. 

Elle-même a aussi fait de nouvelles rencontres, elle aussi a vu apparaître sur son chemin d’autres espaces pour papother. Mais cela n’empêche pas la nostalgie de ce temps révolu. Juliette reconnait qu’elle n’a pas tellement envie de mettre en lumière et encore moins de partager, ce coin de son jardin secret. Il restera toujours dans une place privilégiée dans son album des souvenirs, avec le point d’interrogation : pourquoi tellement intense avec elle ? Pourquoi tellement difficile d’effacer ce souvenir ? Pourquoi cette nostalgie ?

 

 

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